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Espagne.Algérie/Passé commun

Date de création: 21-07-2026 13:47
Dernière mise à jour: 21-07-2026 13:47
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HISTOIRE- ETRANGER- ESPAGNE/ALGÉRIE/PASSÉ COMMUN

© Farid Ait Sâada/El Moudjahid, mardi 21 juillet 2026

- Peut-on avoir un passé commun avec un pays tout en entretenant des relations exemplaires avec lui et son peuple ? Oui, l’exemple espagnol faisant foi. L’Andalousie, vous connaissez  ? C’est actuellement une communauté autonome de l’Espagne, située au sud du pays. Jadis, c’était un califat musulman sous la forme d’émirat, instauré après la conquête du territoire ibérique par l’armée du conquérant berbère musulman Tariq Ibn Ziyad et au sein duquel cohabitaient pacifiquement musulmans, juifs et mozarabes (chrétiens vivant en Andalousie). L’Andalousie a connu une civilisation marquante ayant enfanté des érudits en médecine, mathématiques, philosophie et même en aéronautique tels Averroès (Ibn Rochd), Ibn Tufayl, Abbas Ibn Firnas et Ibn Zeydoun. Après la Reconquista des rois catholiques Isabelle et Ferdinand, les musulmans d’Andalousie avaient été chassés du territoire – tout comme les juifs – et un grand nombre d’entre eux ont trouvé refuge dans plusieurs villes d’Algérie plus particulièrement à Tlemcen, à Oran, à Médéa, à Blida et à Constantine. Plus tard, des rois espagnols avaient envahi la ville d’Oran et les Espagnols y sont restés près de deux siècles, alors que la ville de Béjaïa a été sous administration espagnole durant 45 ans, avant d’être libérée. Alger a également été convoitée par des rois espagnols qui firent plusieurs tentatives, parfois sanglantes, pour la conquérir, en vain. Tout cela pour dire qu’au-delà des liens de voisinage, l’Espagne et l’Algérie ont eu des tranches d’histoire communes, parfois violentes, sans pour autant que leurs pesanteurs ne se ressentent sur les relations actuelles. Avec intelligence et lucidité, les deux peuples sont conscients qu’ils ont plus de choses à partager que de comptes à régler. D’ailleurs, les langues arabe et espagnole se sont enrichies mutuellement de termes et de mots puisés dans l’une ou l’autre. Azúcar, aceite, alcalde, arroz ou encore alcohol témoignent encore aujourd’hui de la profondeur de l’influence linguistique arabe en Espagne. Ne parlons même pas de la toponymie, avec des centaines de lieux en Espagne, et plus particulièrement en Andalousie, portant des noms d’origine arabe :Alcalá (‘’Al kalaâ’’, Citadelle), Guadalajara (‘’Oued el hidjara’’, Vallée de pierres), Algeciras (Al Djazira’’, L’île) ou encore Alcazaba (‘’Al Qasaba’’, La Forteresse), pour ne prendre que ces exemples. L’enrichissement mutuel a même touché le volet culinaire, puisque les Algériens ont adopté la kalantika (appelée garantita à Alger) et la pastilla, tout comme les Espagnols se sont inspirés des gâteaux orientaux pour élaborer les pestiños, les alfajores et les polvorones, et de la jawzia pour fabriquer le touron. Dans les wilayas de Tlemcen, d’Aïn Témouchent et d’Oran, qui font face au littoral de l’Andalousie, beaucoup de gens parlent encore l’espagnol, et même mieux que le français. C’est dire que les liens entre l’Algérie et l’Espagne sont plus profonds qu’on pourrait l’imaginer. L’histoire commune n’a jamais constitué une entrave au développement des relations entre les deux pays et même entre les deux peuples. Bien au contraire, la page des conflits de jadis a été tournée il y a longtemps, en conservant le meilleur des héritages communs. Sur le plan économique et commercial, les échanges entre les deux pays sont très importants, l’Espagne ayant souvent figuré dans le Top 3 des fournisseurs et des clients de l’Algérie. Même la crise diplomatique, née en 2022, autour de la question du Sahara occidental, n’a pas remis en cause les intérêts stratégiques des deux pays. La coopération sur le plan énergétique est l’une des plus emblématiques, avec l’approvisionnement direct de l’Espagne en gaz naturel algérien, à travers le gazoduc Medgaz reliant Beni Saf à Almería. Un approvisionnement régulier et ininterrompu. Autre preuve que les relations entre l’Algérie et l’Espagne sont dépassionnées  : en dépit du fait que les côtes espagnoles en Méditerranée font face à une pression migratoire constante en provenance des rivages du sud, le gouvernement espagnol n’en a jamais fait un sujet de crispation. Madrid a privilégié une approche fondée sur la coopération avec Alger, plutôt que la surenchère politique. Mieux, l’État espagnol a récemment procédé à la régularisation de milliers de migrants sans papiers, y voyant une richesse et une force plutôt qu’un poids ou un handicap. L’histoire n’est pas condamnée à devenir un contentieux permanent. Lorsqu’elle est assumée sans être instrumentalisée, elle peut au contraire servir de socle à un partenariat fondé sur le respect mutuel, les intérêts partagés et la confiance. L’expérience des relations entre l’Algérie et l’Espagne montre qu’un passé parfois conflictuel n’empêche ni la coopération stratégique ni le rapprochement entre les peuples.