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Enquête Safia Kessas et Fabrice Riceputi- "Un massacre e,n Kabylie, Algérie 1956"

Date de création: 06-07-2026 18:15
Dernière mise à jour: 06-07-2026 18:15
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HISTOIRE-BIBLIOTHÈQUE D’ALMANACH-ENQUÊTE SAFIA KESSAS ET FABRICE RICEPUTI- « UN MASSACRE EN KABYLIE, ALGÉRIE 1956 »

Un massacre en Kabylie, Algérie 1956. Enquête de Safia Kessas et Fabrice Riceputi (Préface d’Edwy Plenel). Editions Barzakh, Alger  2026, 147 pages, 900 dinars

 Un « petit »  livre qui en dit long sur les méfaits et les crimes colonialistes.Très , très long ! . « Une recherche d’indices, de documents, de témoignages, de récits et de faits, qui s’assemblent et s’ajustent ensuite, par recoupements et vérifications, comme s’emboîteraient les pièces d’un puzzle » (Edwy Plenel, préface, p 7) .Un livre qui révèle un massacre colonial commis le 23 mai 1956 dans trois villages de Kabylie (Ait Soula, Tazrouts et Agouni) , sur le versant gauche de la vallée de la Soummam, où des unités de l’armée française assassinèrent impitoyablement, durant quelques heures, le temps d’une petite journée, toute une population civile, pacifique et désarmée, par représailles préméditées contre un maquis tout proche. Un « Oradour-sur-Glane » parmi tant d’autres, en vérité. Pire encore car, de plus,  accompagné  d’actes innommables. Toutes les victimes n’étaient ni des militants, ni des citadins, encore moins des cadres du mouvement de libération nationale. Seulement des paysan(ne) s montagnards. Un véritable carnage : soixante -quinze habitants, sinon bien plus, selon les témoins,  sont tués par l’armée française. Pendant un temps , la tante de Safia a été elle-même considérée comme l’une des victimes de la tuerie.

Ce n’est là qu’un exemple parmi bien d’autres , pour la plupart seulement conservés dans la mémoire populaire et collective.....les archives coloniales et militaires faisant , presque toujours l’impasse sur les réalités , presque toujours « écrites »   par les bourreaux eux-mêmes.Un exemple qui fait dire aux  les auteurs qu’ils « ont le sentiment d’avoir réalisé à propos du 23 mai 1956, ce que les géologues appellent un carottage , d’avoir seulement prélevé  un échantillon d’une mémoire populaire algérienne véritablement saturée de souvenirs de drames semblables, dont la plupart restent absents des livres d’histoire de la guerre coloniale en Algérie ».

Note : Liste des victimes telles qu’elles sont identifiées sur les stèles érigées dans les trois villages : À Ait Soula, 25/À Tazrouts : 18/ À Agouni : 32. 26 familles (12+8+6) au total et un Imam.

 Les Auteurs : -Safia Kessas est journaliste et réalisatrice (plusieurs documentaires).A déjà publié deux ouvrages .

-Fabrice Riceputi est historien.Chercheur associé à l’Institut du Temps présent.Auteur de plusieurs ouvrages dont « Ici, on noya les Algériens » (2021)

 Table :Préface/ Introduction : Aux origines de l’enquête.Un exil et des silences familiaux/ Premières traces d’un massacre/ Des versions françaises fragmentaires ou mensongères/ Dans la vallée de la Soummam/ Les violences faites aux femmes/ Le massacre, un épisode de « pacification » de la Kabylie en 1956/Epilogue/Annexe : liste des 75 victimes assassinées le 23 mai 1956/Remerciements

 Extraits : « Aussi nécessaires soient-elles, les archives écrites qui documùentent la guerre française en Algérie sont forcément incomplètes et parcellaires, voire mensongères quand elle taisent volontairement les crimes commis » ( Préfacen, p 11), « La colonialité est une  machine à produire des effacements mémoriels allanat jusqu’à falsifier le sens de l’histoire » (Karima Lazali, p 25) , « Le stéréoptype du soldat dit « sénégalais » .......sert souvent à exonérer opportunément l’institution militaire de sa propre responsabilité dans les exactions dont les soldats coloniaux étaient le plus souvent les simples exécutants, notamment dans le Nord-Constantinois en mai 1945 , à Madagascar en 1947 ou pendant la guerre d’Indochine » (p 51), « Ainsi fonctionne toujours, plus de soixante ans après, l’omerta militaire française, comme si certaines vérités méritaient encore d’être cachées, afin de sauver  l’ « honneur de la France » (pp56-57), « Caroline Taraud, féministe et historienne de la domination sexuelle coloniale, a soutenu que la colonisation française en Afrique du Nord n’était pas seulement une domination économique et politique : elle était aussi, fondamentalement, une domination sexuellle » (p 82), « On estime qu’à la veille de l’indépendance, la moitié de la population rurale, soit un quart de la population algérienne totale, était enfermée , principalement dans des « camps de regroupement » (p118), « Admettre publiquement que la France a infligé des violences criminelles en Algérie, comme elle l’a fait dans d’autres colonies, se heurte  à un déni que la masse des travaux historiques produits depuis quelques décennies ne parvient pas  à vaincre »  (p 140)

 Avis : Je crois que les livres les plus difficiles à lire sont ceux consacrés à  l’Histoire de l’Algérie durant la période coloniale , tout particulièrement ceux décrivant les  moments de résistance et de lutte, dont la période 54-62. Une période qui a vu les forces coloniales pratiquer les plus sauvages et les plus aveugles des répressions, n’épargnant personne , vies et biens confondus.Dure, dure,  la lecture de tels ouvrages !Mais, il faut les lire et, surtout, les faire lire par  tous ceux qui ne « savent pas »  ou doutent encore .

 Citations «  Les colonisateurs ont changé les Algériens en fils de personne » (Mohammed Dib, cité , p 25), « On n’ouvre pas facilement les portes d’une mémoire aussi douloureuse à des inconnus » (p 68), « Pour parler, il faut d’abord des oreilles qui écoutent » (p 122), « Ce qui prévaut largement en France est une tranquille bonne conscience coloniale....... pétrie d’ignorance, de mauvaise foi et de déni » (p 128), « Ce n’est pas nous qui avons fait (en Algérie) comme les nazis, mais les nazis qui ont fait comme nous » (Jean-Michel Apathie cité, p129), « La guerre d’indépendance algérienne n’eut rien d’un « divorce ».Elle fut une guerre de libération mettant fin à 132 ans d’oppression » (p134), « L’incapacité française à reconnaître l’oppression coloniale et sa spécificité, et à le condamner, vaut pour le passé mais aussi pour le présent......On peut qualifier catte pathologie de « colonial blindness », de daltonisme colonial » (p 135)