COMMUNICATION- PUBLICITÉ- MARCHÉ
PUBLICITAIRE MONDIAL 2025
Contre toute attente, le marché
publicitaire mondial fait preuve d’une résilience exceptionnelle. Dans la mise
à jour de son rapport sémestriel This Year Next Year, WPP Media
revoit nettement à la hausse ses prévisions pour l’année 2026.
Le groupe anticipe désormais une croissance mondiale des revenus
publicitaires de 8,9 % (hors publicité politique américaine), contre 7,1 %
initialement projetés en décembre dernier. Le marché global devrait ainsi
atteindre 1 252 milliards de dollars, contre 1 149 milliards en 2025.
Cette forte croissance surprend les observateurs dans un contexte
macroéconomique pourtant fragilisé par les tensions géopolitiques au
Moyen-Orient, la hausse des coûts de l’énergie et une confiance des
consommateurs en berne.
Selon WPP, les investissements publicitaires représentent aujourd’hui la
part la plus élevée du PIB mondial depuis le début de la publication de cet
indicateur en 1999…
L’IA Générative : de support de diffusion à modèle économique : La principale conclusion du rapport réside dans le changement de
paradigme lié à l’intelligence artificielle. L’industrie publicitaire n’est
plus seulement transformée par l’IA ; elle en devient le principal moteur
financier.
La course vers l’intelligence artificielle générale (AGI) impose aux géants
technologiques des investissements colossaux en infrastructures (data centers,
réseaux électriques).
Pour rentabiliser ces coûts et offrir un accès de masse aux futurs
assistants conversationnels, services génératifs et interfaces intelligentes, la
publicité s’impose comme le levier économique indispensable.
Pour la première fois, WPP isole une catégorie autonome baptisée « Generative Search », qui regroupe
la publicité intégrée aux environnements conversationnels.
Bien que le marché mondial soit encore émergent en 2026 (5,1 milliards de
dollars), sa trajectoire s’annonce comme la plus rapide de l’histoire des
médias :
- 2026 : 5,1 milliards $
- 2027 : 15,6 milliards $
- 2028 : 32,5 milliards $
- 2030 : plus de 100 milliards $
D’ici la fin de la décennie, ce format devrait supplanter le search traditionnel, qui entamera une phase de déclin.
Cette transition modifie profondément la géographie publicitaire : la
ressource stratégique se déplace de l’audience vers la capacité à exploiter des
données propriétaires (transactionnelles et comportementales). Elle accentue
également le risque d’un tarissement du trafic sortant vers les sites des
éditeurs traditionnels…
Une concentration publicitaire inédite : Cette mutation structurelle accélère la captation de la valeur par une
poignée de plateformes mondiales, désormais qualifiées d’« infrastructures
de distribution de l’attention ». Alphabet, Meta et
Amazon s’approprient désormais 57,6 % des revenus publicitaires
mondiaux (hors Chine), contre 43,8 % cinq ans plus tôt./
Les 25 premiers vendeurs d’espaces centralisent près de 75 % du
marché mondial./ Aucun média traditionnel ne figure dans le Top 10
mondial (Disney occupe la 11e place).
Le rapport met également en lumière un basculement géopolitique : le
Top 10 mondial compte désormais plus de groupes chinois (ByteDance,
Alibaba, Tencent) que d’acteurs américains, signe de
l’internationalisation agressive de ces géants pour compenser la relative
faiblesse de leur demande intérieure.
Les réseaux sociaux et le commerce média dominent le marché mondial : À l’échelle des canaux, les réseaux sociaux confirment leur
suprématie avec 465,2 milliards de dollars de revenus attendus en
2026, soit plus d’un tiers du marché global, portés par la convergence entre
influence et e-commerce (ex. TikTok
Shop).
Le commerce media (porté par le retail
media) s’établit à près de 200 milliards de dollars. Du côté des formats
audiovisuels et physiques : La télévision connectée (CTV) progresse
de 17,2 % pour atteindre 53,8 milliards de dollars, portée notamment
par YouTube, tandis que le linéaire recule./ L’affichage
extérieur (OOH) progresse de 5 % (57,5 milliards $), soutenu par
le DOOH (+8,2 %)./ Le gaming bondit de 33,1 % à 13,3
milliards de dollars./ La presse écrite reste orientée à la baisse
(journaux : -2 %, magazines : -7,1 %).
Les paradoxes du marché hexagonal : En France, le
marché publicitaire suit une trajectoire solide mais plus modérée qu’au niveau
mondial, avec une croissance attendue de +4,9 % (contre +4,5 % prévus
en décembre dernier). Le marché hexagonal atteindra 29,7 milliards
d’euros (34,8 milliards de dollars) en 2026, positionnant le pays
au 6e rang mondial, juste devant le Brésil.
La France se distingue par la performance exceptionnelle de sa télévision
connectée, dont la croissance (+24,7 %) surclasse largement la moyenne
mondiale. Le segment frôle la barre symbolique du milliard d’euros et compense
en partie l’érosion rapide de la télévision linéaire (-7,9 %).À l’inverse,
l’Hexagone affiche un retard marqué sur le Generative
Search, qui ne devrait générer que 1,7 million
d’euros en 2026.Ce démarrage très timide s’explique par le
non-déploiement d’outils majeurs comme Google AI Overviews sur
le territoire national, freiné par les négociations réglementaires en cours
autour des droits voisins et de la protection des données des éditeurs.La croissance numérique française reste par
conséquent plus tributaire que d’autres marchés des moteurs traditionnels que
sont le search et le social media.
Vers une nouvelle économie des médias : Au-delà des prévisions de croissance, le rapport de WPP dessine un
déplacement progressif du centre de gravité de l’industrie publicitaire. Le
social, le commerce et les environnements conversationnels redéfinissent les
logiques de création de valeur. L’émergence du search
génératif soulève également des interrogations importantes pour les éditeurs de
contenus. À mesure que les réponses sont produites directement au sein des
interfaces conversationnelles, les flux de trafic vers les sites pourraient
diminuer, fragilisant certains modèles économiques fondés sur l’audience. Pour
les annonceurs, les agences et les médias, la question n’est donc plus
seulement de savoir comment l’intelligence artificielle transformera les
métiers de la publicité. Elle consiste désormais à comprendre comment la
publicité participera elle-même au financement et à la diffusion de l’économie
de l’IA.Dans cette nouvelle phase du marché, les
données, les plateformes et les interfaces conversationnelles pourraient
devenir les principaux actifs stratégiques d’une industrie en pleine
recomposition…
© Source : WPP Media, rapport « This Year
Next Year », édition mid-year
2026.