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D’ALMANACH- ROMAN INAM BIOUD- « HOUARIA »
Houaria. Roman de Inam Bioud . Editions Barzakh (Collection Khamsa..... « visant à faire entendre les voix d’auteurs et d’autrices
arabophones des pays du Maghreb ») , Alger, mai 2026, 248 pages
pages, 1 400 dinars
Dans un hôpital
d'Oran, Houaria émerge d'un long sommeil. Lui
reviennent la musique raï qui fusait de l'un des cabarets de la ville et le
sang de son ami Hicham (une relation cachée)
assassiné, sur ses chaussures. Avec ce jeune homme rêveur, Houaria entretenait depuis peu une relation cachée. À
l'image de la majorité des femmes d'ici, elle s'est efforcée de se fondre dans
la norme pour espérer survivre, sous les brimades de son frère aîné et dans
l'indifférence de sa mère. En réalité, « une femme naïve
, mais un produit de pureté »......et, une « liseuse
d’âme » car possédant , sans qu’elle ne puisse l’expliquer, le don de
voyance.
Autour de la jeune
femme gravite un cortège de personnages qui racontent des
trajectoires désordonnés. Toutes et tous ont un prénom qui commence avec
la lettre H.
La lettre H ?
Un mystère pour bien des lecteurs.L’auteure
explique : « Le H est la seule lettre dans l’alphabet arabe
qui est ronde, fermée.Il y a beaucoup de symbolismes
spirituels dans cette lettre. Il y a aussi que tous les prénoms commencent par H
parce que je voulais que tous les personnages
.Parce qu’Oran , c’est comme une petite ville où tout le monde
connaît tout le monde.Je voulais aussi parler du
destin commun, et ce quels que soient leurs statuts sociaux ».
Les personnages ? On a
bien sûr Houaria , l’héroïne sacrifiée
par la société algérienne sur fond de lutte entre désir de libertés et de
pressions sociales. On a Heba, l’étudiante issue d'un milieu
bourgeois, qui prépare une thèse en anthropologie ; Hadia, la belle-soeur de Houaria, femme
libre et impulsive. Hani, qui raconte le choc de la mort de Hicham, tué à la
place d'un autre. Il y a ,aussi, Hachemi,
Habira, Heba, Hennan......Toutes et tous vivant dans le
climat de terreur (on était alors en pleine « décennie rouge » ) qui
règne sur la ville , tout particulièrement au niveau des quartiers
populaires.......avec des populations survivant entre pressions sociales venant
de toutes parts et désirs multiples et variés de liberté.
En bref, Houaria dresse le portrait complexe
d’une héroïne éponyme, une femme sacrifiée par les pesanteurs sociales, dont le
destin oscille entre une quête de liberté individuelle et les pressions
étouffantes d’un environnement marqué par la violence politique et le
conservatisme. Le récit dépeignant sans fard les marges de la société et les
contradictions d’une époque charnière.
L’Auteure : Née en 1953 à Damas.De mère syrienne et de père algérienne. Professeure
des universités (Alger) écrivaine, poétesse, traductrice et peintre. Roman
« Assamak la Yubali »,
Editions El Ikhtilef, 2004, prix Malek Haddad.
Note :Le traducteur (déjà une vingtaine de ouvrages traduits)
, Lotfi Nia, est aussi poète ayant vécu en Algérie et à Beyrouth. Vit à
Marseille
Table : 28 chapitres (Prénoms ....sauf pour « Apache », le cheval)
Extraits : « (Le hammam ou
le cimetière).Elle ne sait pas pourquoi ces deux endroits lui sont venus à l’esprit.Probablement parce que ce sont les deux lieux
publics où l’opinion commune cantonne la vie des femmes :le hammam pour se
laver et le cimetière pour honorer les défunts avant de les rejoindre » (p
14), « Malgré tout, Oran résiste à la décrépitude et à la fadeur en
opposant sa simplicité.Une ville qui ne se lasse pas
d’inventer des expressions créées dans l’allégresse de l’instant et auxquelles
une musicalité assure une postérité (p 55), « L’ère de l’argent était, à
son avis, la plus meurtrière, car ceux qui en étaient les véritables
bénéficiaires (une poignée) étaient prêts à sacrifier les trois quarts de
l’humanité pour conserver leurs privilèges.Et , en la
matière, la fin justifiait les moyens : créer des zones de tensions,
épuiser les ressources naturelles, répandre des épidémies... » (p133),
« Années 90 : Depuis que le spectre de la peur rôde das ce pays pourtant tellement sûr autrefois, plus rien
n’est normal. Combien d’entre nous ont été éprouvés et
portent en eux des cicatrices intimes qui peuvent se rouvrir à tout
moment ? Cette période a aussi vu la désertion d e l’espace public par les
femmes » (p 143)
Avis : Un roman (traduit de
l’arabe, et déjà publié par les Editions Mim, Alger
2023 ...et lauréat du Prix Assia Djebar. Il avait alors suscité
-sur les réseaux sociaux......certains n’ayant pas accepté l’audace
linguistique - une polémique virulente
et les éditions Mim ....ont annoncé la cessation de leurs activités évoquant
« l'inutilité de combattre l'absurde »).
-Un roman -vérité , car réaliste et à
l’écriture maîtrisée ,tant dans l’édition originale (si vous arrivez à trouver
un exemplaire en librairie) qu’en français . Une observation et une description
minutieuse et assez brute et parfois crue , mais
vraie, d’ une société encore rurbaine, certes (très ) libérée mais surtout
obligée, pour survivre, de se plier à bien des sacrifices ....tout
en ne boudant pas ses plaisirs.
Notes importantes : 1/Période
présentée, les années 90, celles de la décennie « noire ».2/Les citations
et les extraits sont repris à partir des échanges entre les personnages
évoqués.
Citations : « La vague de
piété qui déferle permet à ces hommes de donner un visage à leur existence
informe ; d’êtres sans importance auxquels la société n’ accorde aucune
attention, les voilà devenus grands savants, cheikhs à même de décider ce qui
est licite et ce qui ne l’est pas dans toutes les situations, qu’elles soient
graves ou triviales » (p 16), « Lire ramène les voix à leur
lettre, ancre les turbulences du sens » (p 43), « A quoi sert la
connaissance si on n’en use pas pour dissiper les brumes du doute et
illuminer le chemin de la certitude » (p 45), « J’ai compris alors
que la foi était le degré le plus élevé de l’amitié. Le foi
en l’autre, palpable, au point de se fondre en lui et de disparaître. La foi
défie la peur et donne une raison de vivre » (p 47), « L’expérience
m'a appris à ne rien craindre des femmes, je veux dire des épouses.En jouant la carte de la famille, elles
sombrent dans ce que j’appelle la léthargie de la confiance. C’est encore plus
grave quand elles ont des enfants et, si elles pondent des mâles, alors là,
c’est le coma profond » (p 114), « L’argent ne servait pas seulement
à acheter les consciences, mais aidait aussi à perdre la mémoire du mal et à
restaurer l’hymen du vice » (p 129), « L’amour est un sentiment
commandé par différents facteurs psychologiques, sociaux et même culturels.
Mais, la foi, pensait-il, est dictée par le rationnel et l’irrationnel. C’est
une sensation intime dépassant l‘entendement, qui étend l’ombre de la quiétude
sur les questions restées en suspens » (p 201), « Quand on ne sait
pas faire, on imite » (p220), « Ce que tu dépenses t’appartient, et
ce que tu ne dépenses pas revient aux autres » (p 238)