Nom d'utilisateur:
Mot de passe:

Se souvenir de moi

S'inscrire
Recherche:

Roberto NUnez (Mahmoud l'Argentin)

Date de création: 21-06-2026 19:17
Dernière mise à jour: 21-06-2026 19:17
Lu: 46 fois


HISTOIRE- PERSONNALITES- ROBERTO NUNIZ (Mahmoud l’Argentin)

© Fb, 16 juin 2026

 Il y a des hommes dont la patrie n’est pas celle de leur naissance, mais celle pour laquelle ils choisissent de souffrir, de lutter et de bâtir. Si le nom d’Ernesto Che Guevara résonne dans les rues d'Alger (un grand boulevard porte son nom), un autre fils de l’Argentine, plus secret mais tout aussi grandiose, a lié son destin à la terre algérienne. Roberto Muñiz, que l’histoire et le cœur des maquisards retiendront sous le nom de "Mahmoud l’Argentin", incarne cette fraternité pure, celle qui ne connaît ni les frontières géographiques ni les barrières de la langue lorsque tonne le cri de la liberté.

​Rien ne prédestinait ce natif de General Villegas, dans la province de Buenos Aires en Argentine, à devenir un jour un rouage essentiel de la libération de l’Algérie. Enraciné dans les luttes sociales de son pays, Roberto Muñiz est un homme de convictions. Syndicaliste rigoureux, militant infatigable, il s'élève par sa force de travail et son idéal politique jusqu'au poste de secrétaire général du Parti ouvrier révolutionnaire argentin. Pour ce théoricien de l'émancipation populaire, le colonialisme est une injustice globale qu'il faut combattre partout où elle opprime l'homme.

​Le grand tournant de sa vie s’opère en 1956. Dans l'effervescence clandestine de Buenos Aires, Roberto Muñiz rencontre des émissaires du Front de libération nationale (FLN). L'étincelle est immédiate. Pendant trois ans, à des milliers de kilomètres du conflit, il écoute, s’informe, soutient et organise la solidarité. Mais pour cet homme de terrain, la solidarité abstraite ne suffit plus face à l'urgence des massacres et à la légitimité du combat algérien. En 1959, à l’âge de 37 ans, au sommet de sa maturité, il fait le choix du sacrifice absolu. Il abandonne son confort, sa carrière et sa terre natale pour traverser l'Atlantique et s’engager corps et âme dans les rangs de l’Armée de libération nationale (ALN).

​En rejoignant le maquis, l'Argentin se dépouille de son ancienne identité pour endosser celle de son combat : il devient Mahmoud. Ce choix d’un prénom local n’est pas un simple pseudonyme de guerre, c’est une profession de foi, une naturalisation par le cœur. Conscient de ses compétences techniques et de sa rigueur d'ouvrier, le commandement de la Révolution l'affecte aux ateliers clandestins de fabrication d’armes, situés aux frontières.

Dans l'ombre des usines secrètes, sous la menace constante des bombardements et du sabotage, Mahmoud conçoit, répare et forge le fer qui permettra aux moudjahidine de briser leurs chaînes. Chaque arme qui sort de ses mains est une promesse de liberté pour le peuple algérien.

​Lorsque le soleil de l’indépendance se lève enfin sur l’Algérie en 1962, Mahmoud fait le choix de la fidélité ultime. L'Algérie n'était pas une parenthèse dans sa vie de militant ; elle est désormais sa seule patrie. Il s'établit définitivement à Alger. Loin de réclamer les honneurs, les pensions de privilège, il choisit de rester fidèle à sa condition ouvrière.

​Il entre ainsi à la Sonelgaz (ex-EGA), où il travaillera anonymement comme ouvrier pendant deux décennies. Durant 20 ans, au milieu des turbines, des câbles et de la sueur, il participe à la reconstruction matérielle et énergétique de cette nation qu'il a aidé à libérer. Il travaille au coude à coude avec ses frères algériens, ses collègues de travail côtoient alors, souvent sans le savoir, un géant de l'histoire contemporaine, un homme d'une humilité chrétienne et d'une rigueur révolutionnaire absolue.

​Le 12 novembre 2022, à l’âge exceptionnel de 99 ans, Roberto Mahmoud Muñiz, cet Argentin au cœur profondément algérien, s’est éteint doucement sur les hauteurs de cette Alger qu'il aimait tant. Il a emporté avec lui un siècle d'histoire, de luttes et de dignité. Mais son nom demeure gravé en lettres d'or dans la mémoire de la patrie algérienne. Mahmoud l'Argentin a prouvé au monde que la liberté est une langue universelle, et que les plus grands héros sont souvent ceux qui, après avoir forgé les armes de la victoire, choisissent de rebâtir un pays dans le silence et la noblesse du travail quotidien.