DEFENSE – ARMES- ARMES/RADAR VOLANT CHINOIS KJ.700
(Extraits)
KJ-700 : le radar volant qui résume cinquante ans
d’effort chinois
Retour sur l'histoire du programme
d'Awacs chinois, qui en silence grapille de plus en plus de parts de marché
dans le monde
©Akram Kharief MENADEFENSE/ juin 14, 2026
=Bas du
formulaireLa Chine a mis en service un nouvel appareil de guet aérien et de contrôle,
le KJ-700, dont les contours restent flous mais dont la fonction se dessine :
un radar volant qui fait aussi de la collecte de renseignement multi-capteurs.
D’après The War Zone, l’appareil
combinerait dans une seule cellule la mission classique d’alerte avancée et un
rôle ISTAR, c’est-à-dire renseignement, surveillance, acquisition d’objectifs
et reconnaissance. C’est cette double nature qui le distingue de ses
prédécesseurs. Pour comprendre ce qu’il représente, il faut remonter à l’échec
qui a structuré tout le programme chinois.
Un demi-siècle de
tâtonnements : Le premier essai chinois remonte à 1969. L’appareil, désigné KJ-1, était
bâti sur un Tupolev Tu-4, lui-même copie soviétique du B-29 américain. Selon
l’étude China’s AWACS:
History and Development,
le projet n’a jamais dépassé le stade expérimental. Les réformes économiques de
la fin des années 1970 et les coupes dans le budget militaire qui les ont accompagnées
ont eu raison du programme.Pékin
a ensuite cherché à acheter plutôt qu’à développer. En 1984, une tentative
d’acquisition de l’E-3 Sentry américain a échoué. La
Chine s’est alors tournée vers d’autres fournisseurs. Un premier projet,
rapporté par The War Zone, reposait sur
le radar britannique GEC-Marconi Argus 2000, hérité du Nimrod AEW3 abandonné
par Londres, qui aurait été installé sur un Iliouchine Il-76. C’est finalement
une proposition israélienne qui a été retenue.L’affaire
Phalcon reste le tournant. À partir de 1994, la
Chine, la Russie et Israël ont engagé des discussions à trois. D’après GlobalSecurity, l’accord prévoyait un appareil pour
250 millions de dollars, avec une option pour trois autres, soit un milliard au
total. Israel Aircraft Industries devait monter son
radar à antenne active Phalcon, à couverture de 360
degrés, sur une cellule Il-76 fournie par la Russie sous la désignation A-50I.
La cellule a été transférée en Israël en octobre 1999. Sous la pression de
Washington, le gouvernement israélien a annulé le contrat en juillet 2000.
Selon le site Thai Military and Asian Region, le radar et l’électronique ont été retirés, et
la cellule nue a été remise à la Chine via la Russie en 2002.
Cet échec a fixé une
doctrine : ne plus dépendre de personne. La Chine a lancé un programme national
de radar et de systèmes de commandement. Le résultat fut le KJ-2000, baptisé Mainring par l’OTAN.
Du KJ-2000 à une famille
entière : Le KJ-2000 a effectué son premier vol le 11 novembre 2003 et a été
déclaré opérationnel en décembre 2007. L’appareil reprend la cellule de
l’Il-76MD mais reçoit un radar à antenne active de conception chinoise,
développé par l’Institut de recherche en technologie électronique de Nankin,
dit 14e Institut. À la différence de l’antenne rotative de l’E-3 américain, le
KJ-2000 loge trois panneaux fixes dans un radôme circulaire, chacun couvrant un
secteur de 120 degrés. La pénurie de cellules Il-76 a limité la série à quatre
exemplaires, tous stationnés dans le Jiangsu face au Japon et à Taïwan.
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La genèse du KJ-700
Le premier indice du
KJ-700 est venu de l’imagerie satellite. Selon The War
Zone, un prototype a été repéré sur l’aérodrome de Shenyang Aircraft
Corporation en décembre 2020. Deux autres cellules ont été identifiées en juin
2023. À cette période, l’appareil était parfois désigné GX-16, soit le seizième
membre de la série Gao Xin (« haute nouveauté ») d’avions de mission spéciale(.................................)
Les chiffres : ce que
l’on peut avancer, ce qui reste inconnu : Pékin ne publie aucune fiche technique
du KJ-700. Les seules données chiffrées disponibles concernent le KJ-500, qui partage
la même cellule Y-9 et offre donc une base d’extrapolation raisonnable pour les
performances de vol, à défaut des performances de capteurs.
Sur le plan aéronautique,
le KJ-500 est crédité par le constructeur et par des recensements ouverts d’un
rayon d’action de l’ordre de 5 700 à 7 800 kilomètres, d’une endurance
d’environ 12 heures, d’une vitesse maximale autour de 550 km/h, d’un plafond
proche de 10 500 mètres et d’une masse maximale au décollage avoisinant 77
tonnes. Ses quatre WJ-6C développeraient chacun environ 5 100 chevaux sur
l’arbre. Le KJ-700, sur cellule identique, devrait se situer dans des ordres de
grandeur comparables (..............................)
Sur le ravitaillement
en vol, le précédent existe. La variante KJ-500A, présentée au salon de Zhuhai
en 2022 et repérée dès 2018 en essais à Xi’an Yanliang,
intègre une perche de ravitaillement compatible avec les ravitailleurs YU-20.
Le rapport annuel 2024 du Pentagone confirme qu’au moins un KJ-500 a reçu cette
perche, ce qui prolonge la permanence sur zone. Pour le KJ-700, aucune image
publiée ne confirme à ce stade la présence d’une perche, mais l’existence du
KJ-500A rend l’option plausible.
Sur la portée radar,
les sources chinoises citées par l’EurAsian
Times et par Defence Security
Asia avancent pour le KJ-500 une détection d’environ 470 kilomètres
contre une cible de la taille d’un chasseur, et un suivi simultané de 60 à 100
pistes. Ces chiffres ne sont pas vérifiables de façon indépendante et relèvent
de la communication officielle ou semi-officielle. Le radar bi-bande supposé du
KJ-700, s’il se confirme, viserait précisément à dégrader la furtivité adverse
en combinant deux longueurs d’onde, l’une optimisée pour la portée, l’autre
pour la résolution. Aucune portée chiffrée n’a été publiée pour ce radar.
Sur la suite
optronique, c’est le vide. Aucun chiffre public n’existe pour la portée des
caméras électro-optiques ou infrarouge du KJ-700, ni pour son télémètre laser. On
peut seulement décrire la logique d’emploi : un capteur infrarouge à longue
focale identifie une cible déjà désignée par le radar, et reste passif, donc
indétectable par les récepteurs d’alerte adverses. Sur une cible furtive, dont
la signature radar est réduite mais dont les tuyères et le frottement
aérodynamique restent chauds, ce capteur fournit une voie de détection que le
radar seul ne garantit pas. Avancer une portée précise relèverait de
l’invention.
Pourquoi cet appareil
sort de l’ordinaire : La singularité du KJ-700 tient à la réunion de deux
fonctions que les autres appareils traitent séparément. Le radar du radôme
balaie de larges volumes d’espace aérien pour détecter avions et missiles, et
guider des intercepteurs. Sa position en altitude lui donne une vue plongeante
qui révèle les aéronefs et engins volant bas, masqués par l’horizon pour les
radars de surface. C’est la mission d’alerte avancée classique.
À cela s’ajoute la
fonction de renseignement. La combinaison des radars latéraux et des capteurs
optroniques à longue portée oriente l’appareil vers la surveillance maritime et
terrestre, même si elle reste secondaire derrière la veille aérienne. The
War Zone note qu’un capteur optronique
puissant peut identifier visuellement une cible à grande distance après
désignation par le radar, et se révéler utile contre les aéronefs à faible
signature radar. Sur le plan infrarouge, certains observateurs cités par FlightGlobal avancent que la suite optronique
du nez servirait à repérer des départs de missiles.
C’est là que réside
l’intérêt opérationnel. Un avion furtif réduit sa signature radar mais reste
détectable dans l’infrarouge et par des capteurs passifs. En croisant un radar
bi-bande, une optronique à long rayon d’action et des moyens de détection
électronique, le KJ-700 multiplie les voies pour traquer une cible que chaque
capteur isolé laisserait passer. Reste que la portée réelle de cette capacité
contre-furtive n’est pas vérifiable à partir des sources disponibles.