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Roman Yasmina Khadra - " Le prieur de Bethléem"

Date de création: 17-06-2026 17:33
Dernière mise à jour: 17-06-2026 17:33
Lu: 46 fois


RELATIONS INTERNATIONALES- BIBLIOTHEQUE D’ALMANACH- ROMAN YASMINA KHADRA- « LE PRIEUR DE BETHLÉEM »

Le prieur de Bethléem. Roman de Yasmina Khadra, Casbah Editions, Alger 2026 (et Flammarion Québec) , 259 pages, 1 600 dinars. 

 

Un éditeur parisien est enlevé dans des circonstances mystérieuses. Séquestré dans un réduit, il découvre que son ravisseur lui a soumis un manuscrit qu'il a refusé. L'auteur, un moine palestinien éprouvé par la violence, tient à ce que son récit soit connu de tous et, à travers lui, la tragédie d'une terre en larmes et en sang.

Sous la contrainte, l’éditeur est forcé d’écouter le récit de ce «prieur», plongeant ainsi dans la réalité brutale d’une Palestine meurtrie. Le récit nous transporte dans un petit village à l’est de Jérusalem et suit le destin de Wahid, un jeune orphelin né d’un père musulman et d’une mère catholique et élevé par son oncle et sa tante, sa vie bascule lors de la première Intifada (1987-1993).

L’auteur raconte une « histoire à tiroirs » qui traverse plusieurs époques.

Le personnage principal est (devenu) chrétien et il évolue dans un milieu composé de juifs et de musulmans. Des communautés qui, dans les souvenirs de l’entourage du héros, vivaient autrefois en harmonie : « La Palestine telle que Dieu l ’avait créée -une terre d’asile et de réconfort où juifs, chrétiens et musulmans vivaient en harmonie, loin des tumultes et des convoitise assassines » n écrit-il.

A travers son nouveau roman, l’écrivain  aborde de l’intérieur la tragédie palestinienne. A partir d’un petit village mourant à l’est de Jérusalem, où l’on suit le destin tragique d’une famille et de ses cinq enfants.Il décrit avec force l’humiliation des paysans, la destruction des terres et le cycle sans fin de la vengeance .Ce n’est pas la première fois que Yasmina Khadra va dans cette partie du monde. Il l’avait déjà fait avec « L’Attentat » (Julliard, 2005) adapté au cinéma en 2012. L’écrivain regrette : J'espérais ne jamais avoir à revenir sur le sujet , mais il explique y avoir été poussé par la force des choses. Car toute guerre aujourd’hui ne se passe jamais ailleurs. Elle se passe chez nous, à la maison, car on la voit à la télé, on l’entend à la radio, et quelle qu’en soit la cause, elle nous frappe de plein fouet, précise-t-il.

 Un éditeur parisien enlevé ? Un manuscrit sur la Palestine refusé et qualifié de « saloperie » et « à retourner à l’envoyeur, sans excuses ni formules de politesse à présenter  aux abrutis » ? Pourquoi ? Comme toujours chez Yasmina Khadra, il faut tout lire pour enfin savoir.

 L’Auteur : Né en janvier 1955 à Kenadsaélève de l’Ecole des cadets de la Révolution,  ancien officier de l’Armée nationale populaire, Yasmina Khadra , de son vrai nom Moulessehoul Mohammed, est , aujourd’hui , un écrivain très connu . Lu dans des dizaines de pays , il est traduit en près de 50  langues. Il a , à son actif plusieurs dizaines  d’œuvres . La plupart sont des romans dont certains ont été adaptés au cinéma  et au théâtre  et même en bandes dessinées.........ceci sans parler des ouvrages (dont des romans policierspubliés sous pseudonyme au milieu des années 80 et au tout début des années 90, inventant même un  personnage fameux, celui  du Commissaire Llob . A noter qu’il a co-signéaussi, des scénarii de films.....qu’il a été un certain temps directeur du Centre culturel algérien à Paris...et qu’il a même tenté une courte « aventure » politique  lors de  présidentielles! Grand Prix Prix littéraire de la Grande Mosquée de Paris 2024 du Jury pour l’ensemble de son œuvre et à l’occasion de la publication de son avant-dernier  roman « Cœur d’amande »

 Extraits « Tout ce qui touche à Israël est tabou. Le seul nom de la Palestine effarouche et déstabilise.On a livré en pâture des gens dont le seul crime a été de déplorer ce qui se passe à Gaza pendant que d’autres se filment en train d’exiger que l’on tue tous les enfants palestiniens ,sans être inquiétés par la justice » (  p 47), « Chez nous, en Palestine, mourir de vieillesse relevait du quota intangible des trompe-la -mort » (p 65), « Notre pauvreté était une condition, et non une nature, même si, depuis quelques décennies, il était difficile de distinguer l’une de l’autre » (p 77), « La Palestine était l’orgasme des plénitudes, le pays des senteurs délicates, du raisin d’Hébron et des jardins fleuris à longueur d’année. En ces temps -là, la Palestine, que les divas de l’Orient chantaient plus fort que les hymnes, était un havre où les rêves les plus fous se découvraient une raison.....C’était la Palestine d’avant la Nakba » (p 79), « Je venais , surtout, d’être confronté à une  fatalité plus implacable que mon statut d’orphelin. J’étais palestinien -c’est-à-dire un drame potentiel, un  deuil en sursis, un agneau sacrificiel » (p 88), « On n’entend que vous, la nuit, le jour.Toujours à vous plaindre pour légitimer vos crimes, toujours à intimider les consciences pour assujettir les nations » (p 249)

 Avis :Un roman sentimental et géopolitique, radicalement frondeur et humaniste, assez engagé.La douleur d’un peuple (palestinien), et une écriture douloureuse.On comprend bien mieux les difficultés rencontrées par l’auteur auprès  des éditeurs  (français entre autres) et autres faiseurs d’opinion occidentaux.

 Citations : « Le vrai patient , ce n’est pas le malade, mais celui qui en a un sous son toit » (p 60), « Je n’avais pas connu mon père et pas suffisamment ma mère pour m’inventer des chagrins » (p 67) , « En Palestine, c’est quand rien ne va que tout arrive » (p 87), « S’il existe une cause au-dessus de toutes les autres, c’est celle qui consiste à sauver des vies, et non à les détruire » (p 170), « Sais-tu pourquoi les prophètes se sont inscrits aux abonnés absents ? C’est parce qu’ils sont fatigués de ne pouvoir nous éveiller à nous-mêmes.Ils ont rendu le tablier à l’instant où ils se sont aperçus qu’il est moins pénible d’apprivoiser un crocodile que de raisonner un imbécile » (p 171), « Chacun de nous est la somme de ses contradictions.  On peut très vite succomber à la pire d’entre-elles si on ne fait pas attention » (pp 207-208), « Ce ne sont pas la souffrance et la frustration qui font la légitimité d’une cause , mais sa justesse » (p 252)