SPORTS- ENQUÊTES ET REPORTAGES- FIFA
© Yazid Ouahib/El
Watan, 10 juin 2026
La Coupe du monde de la FIFA 2026, la 32e du nom, captera l’attention planétaire du
11 juin au 18 juillet 2026. Elle éclipsera tous les autres événements durant
toute la durée du tournoi (38 jours). Partie de rien le 21 mai 1904, date de sa
fondation par 7 fédérations européennes (France, Belgique, Suisse, Espagne,
Pays-Bas, Suède, Danemark), elle a fait du chemin, a fédéré autour d’elle toutes
les fédérations de football du monde jusqu’à compter 208 associations, plus que
l’ONU.
La magie du football. Les fondateurs de la FIFA ont donné naissance à un regroupement limité au
départ (1904) qui par la suite s’est transformé en véritable tentacule à
travers la planète jusqu’à compter plus de fédérations affiliées à la FIFA que
de pays à l’ONU. L’idée de créer une fédération internationale de football est
née du désir, des initiateurs du projet, de contrecarrer l’influence exercée à
l’époque par l’olympisme et les Jeux olympiques qui ont existé bien avant la
Coupe du monde.
Au printemps 1904, des dirigeants européens conviennent de se rencontrer à
Paris pour lancer les jalons de la création d’une fédération internationale de
football. Un siècle et 22 ans plus tard, la FIFA est devenue plus qu’une
institution, aussi riche que le Vatican et plus puissante que des Etats. Elle
s’est bâtie un prestige qui impressionne les plus puissants de ce monde. Elle a
réussi au-delà de toute espérance à devenir une puissance économique jouissant
d’un pouvoir politique que nul ne lui conteste. En 1904, elle était une association
à but non lucratif. Ses bilans et comptes étaient insignifiants. Elle croulait
sous les dettes. Les hommes qui sont passés à sa tête n’avaient pas la même
perception de son devenir. De 1904 à 1930, année de la première Coupe du monde
en Uruguay, 3 des 9 présidents, Robert Guerin –
France 1904-1906, Daniel Burleywoolfall – Angleterre
1906-1918 et Jules Rimet – France 1921-1954 (le
plus long mandat des 9 présidents) étaient plutôt branchés sur le football que
sur l’argent. Ils ont survécu à la crise économique de 1929 et surtout à la
Première Guerre mondiale (1914-1918). Le Belge William Seeldrayers
a dirigé la FIFA 1 an (l954-1955) avant de disparaître
foudroyé par la maladie alors qu’il était en fonction. Durant la Seconde Guerre
mondiale (1940-1945), la FIFA a fait l’impasse
sur la Coupe du monde. A partir des années 1950, la FIFA, sous la direction de
nouveaux dirigeants à sa tête, a pris une autre envergure. Le développement,
l’expansion et l’ouverture de la FIFA étaient les maîtres mots de l’époque.
A rthur Drewry , Angleterre 1950-1961, a ouvert la voie à la création des
confédérations (UEFA-CAF-AFC). C’est lui qui a encouragé les dirigeants
africains membres de la FIFA à l’époque (Egypte-Soudans-Ethiopie) a créé la
Confédération africaine de football (CAF). Le projet a été discuté lors de
nombreuses réunions tenues à Lisbonne entre 1955 et 1957 qui ont abouti à la
naissance de la CAF en mars 1957. Ensuite un autre Anglais lui a succédé à la
tête de l’institution. En l’occurrence Stanley Rous, ancien arbitre
international qui a animé un stage d’arbitres en Algérie en 1954. Les anciens
arbitres algériens encore en vie se souviennent encore de son passage à Alger.
Il a été président de la FIFA de 1961à 1974. Sous sa présidence l’équipe des three Lions a remporté la Coupe du monde 1966 organisée par
l’Angleterre. Son successeur, le Brésilien Joao Havelange
(1974-1998) avec son secrétaire général et ensuite président de la FIFA
(1998-2015), le Suisse Joseph Sepp Blatter, allait donner une autre orientation
à la Fédération internationale. Ce qui leur importait le plus, c’était de
garder le pouvoir sur la FIFA à la faveur de l’argent qui a coulé à flot durant
leurs mandats. Sous le prétexte de développer le football dans les pays pauvres
et à travers des programmes d’aides financières, des subventions, ils
achetaient des voix pour se maintenir en poste. Est-ce un hasard, si les deux
hommes ont été chassés et exclus de la FIFA ? Joäo
Havelange a, dit-on, introduit la corruption dans les
rouages de la FIFA. Son successeur et ex- bras droit, le suisse Joseph Seep Blatter a maintenu pendant plusieurs années la toile
tentaculaire que lui et le Brésilien on
tissé pendant leurs mandats.
L’explosion, à partir de 1970, du sponsoring, marketing, droits TV ont définitivement
changé l’orientation de la FIFA. D’association à but non lucratif, elle est
devenue une gigantesque entreprise orientée vers la multiplication des profits
et des gains. Le système Havelange-Blatter a été
sauté par la justice américaine qui a qualifié la FIFA
«d’organisation mafieuse» et a provoqué la chute de Blatter suite à
l’octroi de l’organisation de la coupe du monde 2022 au Qatar. Les Etats-Unis
étaient candidats à l’organisation du mondial 2022. L’onde de choc qu’a
provoqué le choix du Qatar a débouché sur la suspension du Suisse pour une
durée de 8 ans, ramenée ensuite à 6 ans et surtout sa mise à l’écart définitive
de la FIFA.
Son successeur, l’Italo-Suisse, Gianni Infantino, est
à classer dans le giron des deux hommes qui l’ont précédé. Il réfléchit argent
beaucoup plus que football. Il finira par rendre la Coupe du monde une foire où
seront conviées toutes les sélections du monde. En 2026, elles seront 48. En
2030, elles dépasseront le chiffre des 60. Le nivellement par le bas par
excellence. Lui, il compte l’argent et fait la politique. Sa proximité avec le
président américain, Donad Trump, et son initiative,
il lui a remis le trophée de la paix de la FIFA en pleine guerre contre l’Iran
n’a pas été apprécié par de nombreuses Fédérations. Il est sur la voie du duo Havelange-Blatter. C›est-à-dire
s’éloigner de plus en plus du football pour faire de la politique à la place.
Le Mondial 2026 organisé aux Etats-Unis, Canada et Mexique ne fera pas oublier
l’essentiel.