JUSTICE- ENQUÊTES ET REPORTAGES- FEMMES ET EMPRISONNEMENT /MONDE 2026
© Naïma Benouaret/El
Watn, 9 mars 2026
Chaque mois de mars, la Journée internationale de la femme vient remplir le
calendrier de conférences, de manifestations dédiées, les carnets de commandes
des fleuristes, les salles de fêtes et les agendas des discours publics,
d’annonces et de promesses en grande pompe.
Le 8 mars, journée qui a un poids historique incontestable, des milliers de
publications foisonnent dans les médias, les télévisions et les réseaux sociaux
un peu partout dans le monde. La question que d’aucuns se posent est de voir ce
qui sera fait dans les jours suivants et de savoir si les femmes ont pu
percevoir une quelconque avancée notable en faveur de leurs droits. L’instituions
de cette journée n’a-t-elle pas, justement, vocation à créer ces changements,
tant dans les faits que dans les mentalités ?
C’est parce que beaucoup reste encore à faire que cette année, la Journée
de la femme est célébrée sous le thème : «Droits.
Justice. Action. Pour toutes les femmes et les filles».
Et parmi ces femmes et ces filles, il y en a qui l’ont fêtée dans des
conditions et un environnement un peu particuliers. Il
s’agit des femmes du monde invisible de la prison, des filles en milieu carcéral.
Elles serraient quelque 700 000, à mars 2025, placées sous-main de justice dans
les établissements pénitentiaires dans le monde, soit 6,8% de l’ensemble de la
population carcérale mondiale, fait ressortir le dernier décompte établi par
World Prison Brief, une base de données en ligne offrant un accès à
l’information sur les systèmes pénitentiaires du monde entier. Pour l’Alliance
internationale des femmes (AIF), le nombre serait plus important : un
peu plus d’un million de femmes et de jeunes filles dans le monde en
détention dans les centres pénitentiaires. Elles représentent
entre 2 et 9% de la population carcérale.
En tous lieux, les femmes représentent une minorité de la population
carcérale nationale, alors qu’elles représentent la
moitié de la population mondiale, estime cette ONG internationale basée à
Genève regroupant 41 organisations membres impliquées dans la promotion
des droits humains des femmes et des filles dans le monde. Plus précis,
World Prison Brief, plateforme organisée et alimentée par l’Institut de
recherche sur les politiques en matière de criminalité et de justice (ICRP), à Birkberck, université de Londres, dans le cadre de son
programme mondial de recherche pénitentiaire, dresse une cartographie de la
répartition de ces communautés. C’est aux Etats-Unis que l’on recense le plus
de détenues (175 000), devant la Chine (145 000), le Brésil
(50 000), la Russie (39 000), la Thaïlande (33 000), l’Inde
(24 000), les Philippines (17 000), la Turquie (16 500), le
Vietnam (15 000), le Mexique (14 000) et l’Indonésie (13 000).
Au 1er février, 2789 femmes étaient détenues dans les prisons françaises,
représentant 3,4% du nombre total de personnes incarcérées.
A en croire les statisticiens du World Prison Brief (WPB), dont le
programme implique la collaboration avec les partenaires de recherche, les
organisations de la société civile et les décideurs politiques dans le but
d’éclairer et promouvoir le débat et la réforme des politiques par le biais de
projets de recherche comparative internationaux, de publications et
d’engagements de la société civile, c’est à Hong Kong que la proportion de
femmes incarcérées est la plus importante (21% de l’ensemble des détenus). Il
est juste devant Macau (17,8%), le Groenland (13,8%)
et le Laos (13,7%). Rapporté cette fois à la population générale, c’est aux
Etats-Unis que le taux d’incarcération des femmes est le plus élevé,
avec 52 prisonnières pour 100 000 habitants, devant la Thaïlande
(47), le Salvador (42), le Rwanda (41), le Turkménistan (38), les Bahamas (35),
la Biélorussie (30) et la Russie (27).
Impliquant dans son programme la collaboration avec les partenaires de
recherche, les organisations de la société civile et les décideurs politiques,
cette plateforme mondiale exclusivement dédiée au suivi du système
pénitentiaire mondiale soulignera la variation de ces proportions d’un
continent à un autre. Le niveau le plus bas étant à l’actif de l’Afrique ; une
moyenne de 3 femmes détenues pour 100 000 habitants tandis qu’il
se situe à 7 en Asie, à 11 en Europe, à 10 en
Océanie et à 27 dans les Amériques. Depuis 2000, année où il était
estimé à 466 000, le nombre de femmes incarcérées affiche une progression
de 57% dans le monde, bien supérieur à celle des hommes (+22%), mais aussi à
celle de la population de la planète (+ 32%).
Au-delà des chiffres, un autre organisme non moins soucieux de la défense
des droits des femmes détenues pointera du doigt certains traitements discriminatoires
très répandus dans le monde carcéral : «Sur le
papier, les conditions de vie des femmes en détention peuvent être perçues
comme meilleures que celles des hommes : moins nombreuses, elles ne sont pas
aussi exposées aux conséquences de la surpopulation carcérale.» Pourtant, ces
écarts «masquent d’importantes disparités», s’indigne,
en outre, l’Observatoire international des prisons (OIP). Et
«compte tenu de son petit nombre, la population incarcérée féminine
subit des formes de discriminations spécifiques».
Pis encore, cette association agissant pour le respect des droits de
l’homme en prison et militant pour un moindre recours à l’incarcération dénonce
l’enclavement qui réduit l’accès aux activités : «Dans les faits, les
‘quartiers femmes’ au sein des établissements qui accueillent des hommes et des
femmes sont généralement enclavés, isolés du reste de la détention, ce qui rend
l’accès aux différents services, comme les services médicaux, la formation ou
les ateliers, plus difficile pour les femmes.» Et bien qu’elles soient rarement
sanctionnées – environ deux fois moins que les hommes – par des décisions qui
impliquent la privation de liberté, notera l’OIP, les femmes sont confrontées à
plusieurs autres formes de discriminations.
S’agissant toujours de la sanction homme/femme, une autre étude de Ban
Public, association pour la communication sur les prisons et l’incarcération en
Europe, relèvera que les femmes étaient «nettement
moins souvent auteures d’actes délictueux ou criminels». A ce constat, leur rôle
au sein de la famille, et pas seulement en tant que mères,
«n’est évidemment pas étranger». Naturellement, tient-on à préciser, «ce rôle des femmes dans la société pourrait être de nature
à inciter les magistrats à prononcer des sanctions moins lourdes».
Quoi qu’il en soit, «une fois en prison, les
femmes connaissent des conditions d’incarcération souvent plus difficiles que
les hommes. Tout d’abord, et au-delà de toute considération liée à la parité,
l’incarcération n’est pas nécessairement perçue de la même façon par les hommes
et par les femmes». Minoritaires dans les
établissements pénitentiaires, les femmes restent discrètes et défrayent
rarement les chroniques pénitentiaires, s’accorde-t-on à reconnaître.