HISTOIRE- BIBLIOTHEQUE D’ALMANACH- ROMAN RACHID
HAMOU- « LE BAGNARD AMOUREUX »
Le bagnard amoureux. Roman de Rachid Hamou. Nouba Editions, Alger 2025, 153 pages, 1 000
dinars
Un roman d’amour ? Peut-être.En tout cas
une très belle histoire d’amour
consommée jusqu’au sacrifice entre Chérif B., un « indigène »
et Mathilde D. , la fille d’un colon
raciste et haineux chez qui il travaille en simple journalier .
Mia sun amour qui commence très
mal, notre héros se retrouvant assez vite arrêté , et
embarqué , menottes aux poings et fers aux pieds, sur le tristement célèbre
« Bateau blanc » qui vient périodiquement à Alger emmener les
déportés vers le bagne en la lointaine Guyane. Il s’en échappe et retrouvera sa
chère Mathilde! Qui, entre temps, après s’être engagé
dans un ordre religieux
l’a rapidement abandonné ne pouvant supporter les injustices trop
criardes commises par la colonisation à l’endroit des « indigènes ».
Elle avait préféré se mettre au service des pauvres, des déshérités et des
colonisés.
L’auteur nous conte donc une belle histoire d’amour, que l’on
croyait immpossible ou impensable (alors
qu’effectivement ce genre de rapports a réellement existé, rarement certes mais
bel et bien existé ). C’est beau mais douloureux.
La douleur est encore plus forte en abordant l’autre volet de
l ’ouvrage . Un véritable roamn
d’aventures. Celui consacré aux souffrance endurés par les condamnés aux
travaux forcés et envoyés
au bagne de Saint Laurent de Maroni. Tous ,
en permanence réduits à l’état
d’infrahumain et en proie aux pires exactions, entre brimades et tortures, pas
seulement morales. «C’est cet univers féroce, dépourvu
de toute humanité, qui commence dès l’arrivée par le retrait de toute identité
au prisonnier, que l’auteur décrit sans complaisance, mettant à nu dans ce
modèle réduit, la cruauté de tout le système colonial français en Algérie».
Le roman est saupoudré de descriptions au détail
près de cet odieux cloître carcéral mais aussi d’aventures menées à plusieurs
partenaires de « la belle » durant l’évasion. Un roman irrigué de
deux passions, celle d’aimer et celle de vivre libre.
La fin est tragique.......Chérif ,
rapidement repris (alors qu’il avait rejoint clandestinement l’Algérie et
retrouvé sa sœur et son aimée, réfugiées dans un bidonville de la
Capitale) et réexpédie en Guyanne est guillotiné......Mais, Mathilde , ayant accouché
d’un enfant va continuer, avec le soutien de la sœur de son époux, sa lutte.
L’Auteur :Né le 20 août 1953 . Economiste et journaliste (dont
Algérie Actualités) ,puis enseignant et directeur d’un service
informatique à l’étranger (Guyane française). Note : Les éditions Nouba d’Alger ont déjà
publié un livre de l’ écrivain-journaliste Arezki Metref : « Traquenard », un roman de Nadjib Stambouli : « La
footballeuse » ainsi que le roman de Mimoun Ayer
ayant pour titre : « Les eaux d’Azro
Aziza » .
Extraits : « L’historien
Pierre Michel , spécialiste du bagne, estime à soixante-dix mille le nombre de
personnes (dont 15 000 à 20 000 le nombre d’Algériens) , toutes
origines confondues, ayant séjourné dans le bagne de Guyanne »
(Introduction, p 5), « Le bagne de Guyane, un crime contre l’humanité, ces
chiffres effroyables sont proches de ceux atteints dans les camps de
concentration nazis » (Robert Badinter cité, p 63), « C’est un
véritable enfer où peu de prisonniers arrivent à survivre longtemps. La durée
de vie moyenne d’un détenu au bagne est de trois à cinq ans » (p 73)
Avis :Un titre en apparence assez banal mais un écrit
chargé de vérités historiques et sociales ..... et
d’émotion. Un bon sujet de film. Pourquoi pas ?
Citations : « C’est
quoi une vie d’homme ? C’est le combat de l’ombre et de la lumière.....C’est une lutte entre l’espoir et le désespoir,
entre la lucidité et la ferveur » (Aimé Césaire cité, p 77)
« Ils
sont tous pareils, ils se prennent pour la race supérieure, alors qu’ils ne
savent pas être humains.Jamais
je n’aimerais être humaine comme eux » (p 152)