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Algérie. Emirats arabes unis 2026

Date de création: 11-09-2026 18:13
Dernière mise à jour: 11-09-2026 18:13
Lu: 80 fois


RELATIONS INTERNATIONALES- ÉMIRATS ARABES UNIS-ALGÉRIE.EMIRATS ARABES UNIS 2026

Quelques heures après l’annonce venue d’Alger (mercredi 10 septembre 2026), Abou Dhabi a fini par sortir du silence. Les Émirats arabes unis affirment souhaiter que la décision algérienne de trancher les liens diplomatiques garde un caractère « temporaire ». Une formulation prudente, qui contraste avec la fermeté du communiqué publié jeudi 10 septembre 2026 par la diplomatie algérienne.

La réaction émiratie tient en une phrase courte mais lourde de sens : Abou Dhabi dit se tourner vers l’hypothèse d’un gel provisoire, et non d’un divorce définitif. Aucune contre-mesure n’a été annoncée dans l’immédiat, ni expulsion croisée de diplomates, ni riposte aérienne.

Cette retenue apparente s’explique aisément. La rupture diplomatique décidée par l’Algérie prend Abou Dhabi de court sur la forme, sinon sur le fond, tant les signaux d’alerte s’étaient accumulés ces derniers mois. Les autorités émiraties privilégient donc le registre de l’apaisement plutôt que celui de la confrontation ouverte.

Du côté algérien, le ton est tout autre. Le ministère des Affaires étrangères parle d’un aboutissement, pas d’une parenthèse. Les raisons avancées par Alger pour justifier cette rupture historique évoquent des voies bilatérales définitivement épuisées.

Le représentant d’Abou Dhabi a été convoqué jeudi au siège du ministère des Affaires étrangères. Il y a reçu notification officielle de la décision. Un délai de 48 heures lui a été signifié pour s’y conformer, précise le communiqué officiel.

La diplomatie algérienne insiste sur la chronologie. Selon elle, les mises en garde adressées à Abou Dhabi ont été nombreuses, répétées, et restées sans effet. Le texte dénonce des agissements provocateurs ayant franchi le seuil de l’acceptable entre deux États souverains. C’est ce constat qui a scellé la fin des relations entre Alger et Abou Dhabi.

Rien n’a filtré, en revanche, sur le sort réservé à la représentation algérienne aux Émirats. La question du personnel consulaire et des ressortissants installés dans les deux pays reste également en suspens.

Et la rupture n’est pas que diplomatique : elle prend aussi une dimension aérienne spectaculaire. À partir du vendredi 11 septembre, le survol du territoire algérien est désormais interdit à tous les aéronefs émiratis, qu’il s’agisse de vols commerciaux ou militaires. Le ministère de la Défense nationale a détaillé la mesure dans un communiqué distinct.

Une dérogation subsiste toutefois. Les liaisons commerciales émiraties desservant l’aéroport international Houari-Boumediene d’Alger continueront d’être assurées jusqu’à la fin de l’année en cours, date d’expiration du contrat en vigueur. Passé ce terme, plus rien n’est garanti. La fermeture de l’espace aérien aux avions émiratis donne ainsi à la crise une traduction très concrète.

Alger connaît bien ce levier. Le pays l’avait actionné à l’encontre du Mali, avant que la détente ne conduise à la normalisation entre Alger et Bamako durant l’été.

Le président Abdelmadjid Tebboune n’avait jamais caché son exaspération. À plusieurs reprises, il a évoqué publiquement l’éventualité d’une coupure des canaux diplomatiques, employant même un vocabulaire dépréciatif pour désigner la monarchie du Golfe.

En juillet dernier, le chef de l’État avait été particulièrement direct devant la presse. Il assurait disposer de preuves d’une influence néfaste, affirmant que partout où cet acteur s’implante, le sang finit par couler. Son souhait, résumait-il alors, était que ces ingérences s’éloignent des frontières algériennes.

Les médias nationaux, eux, pointent depuis longtemps un activisme émirati en Libye et dans le Sahel. L’été a par ailleurs été marqué par une vague de désinformation, ce qui avait nourri les spéculations sur une possible rupture des relations diplomatiques avec les Émirats bien avant l’annonce officielle.

Reste désormais à savoir si l’espoir formulé par Abou Dhabi trouvera un écho. Pour l’instant, Alger n’a évoqué aucune condition ni aucun calendrier de retour à la normale.----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Analyse presse : « La crise entre Alger et Abou Dhabi couvait depuis plusieurs années. Les ingérences émiraties dans plusieurs pays arabes et africains alimentaient cette crise. Elles visaient notamment le voisinage immédiat de l’Algérie, au Sahel.

Ce voisinage reste en outre une priorité pour la diplomatie algérienne. Alger a ainsi renoué le dialogue avec Bamako fin août, lors de la visite du Premier ministre malien à Alger.

Dès février dernier, une première dégradation concrète était intervenue : l’Algérie avait engagé une procédure pour mettre fin à l’accord de services aériens signé avec les Émirats en 2013. Par ailleurs, Abou Dhabi entretient des relations de plus en plus étroites avec le Maroc, pays avec lequel l’Algérie a elle-même rompu ses liens diplomatiques depuis août 2021.

Le 2 juin dernier, le président émirati Mohammed ben Zayed Al Nahyane s’était rendu à Rabat pour rencontrer le roi Mohammed VI. Le cabinet royal marocain avait alors qualifié les relations entre les deux pays de « partenariat stratégique ». Aucun lien direct n’a été formellement établi entre cette visite et la rupture algéro-émiratie, mais cette proximité croissante s’inscrit en toile de fond d’une relation déjà ancienne et dégradée.

Un dossier judiciaire a encore aggravé la tension. Selon des médias algériens, les Émirats se sont récemment ingérés dans l’extradition de l’ex-homme d’affaires algérien Ayoub Aissiou depuis l’Espagne.

Cette intervention a déplu à Alger, rapporte la même source. Elle s’ajoute donc à la liste des griefs qui ont mené à la rupture avec les Émirats.

Plusieurs mises en garde, exprimées au plus haut sommet de l’État, ont précédé la rupture. Fin juillet, le président Abdelmadjid Tebboune avait déjà expliqué sa retenue devant des représentants de la presse nationale.

« Il y a beaucoup de divisions dans le monde arabe et nous ne voulons pas aggraver la situation. Sinon, cela fait longtemps que nous aurions rompu nos relations avec ce micro-État, duquel il n’émane qu’humiliation et discorde », a-t-il déclaré.

Le chef de l’État avait également accusé Abou Dhabi de semer l’instabilité. « Là où ils mettent le pied, le sang coule, c’est grave et nous avons des preuves », a-t-il affirmé. Il avait ajouté que l’Algérie souhaitait seulement l’éloignement de cet État, « pour que le sang ne coule pas chez nous ».

Cette rupture avec les Émirats n’est pas la première du genre. En août 2021, l’Algérie avait déjà rompu avec le Maroc, allié des Émirats. Cette première rupture faisait aussi suite à une série d’actes hostiles.

Désormais, l’Algérie n’entretient plus de relations diplomatiques avec deux capitales du monde arabe. Le délai de 48 heures accordé à l’ambassadeur émirati court ainsi depuis ce jeudi 10 septembre. »