COMMUNICATION- ETUDES ET ANALYSES- LIBERTE DE LA PRESSE 2025/RAPPORT
RSF 2026
La
liberté de la presse a atteint son niveau le plus bas depuis un quart de
siècle, alerte jeudi 30 avril 2026 Reporters sans frontières, pointant
une dégradation générale, des États-Unis où les attaques de Donald Trump sont
"systématiques" à l'Arabie Saoudite qui a exécuté un journaliste en
2025.
"Pour la première fois dans l'histoire" de
ce classement annuel créé en 2002, "plus de la moitié des pays du monde
(94) sont en situation +difficile+ ou +très grave+ alors qu'ils n'étaient qu'une
infime minorité (13,7%) en 2002", écrit RSF, qui compte cinq niveaux sur
son échelle, de "très grave" à "bonne".Dans
le même temps, le taux de population vivant dans un pays où la situation de la
liberté de la presse est "bonne" a plongé, passant de 20% à
"moins de 1%".Seuls sept pays du nord de l'Europe, dont la Norvège en
tête, font partie de cette catégorie. La France se classe 25e ("situation
plutôt bonne")."En 25 ans, le score moyen de l'ensemble des pays
étudiés n'a jamais été aussi bas", ajoute l'organisation.Les États-Unis, en "situation
problématique", perdent sept places et sont 64e, entre le Botswana et
Panama. Au-delà des attaques du président républicain contre la presse -
"une pratique systématique" -, cela s'est aussi traduit par la détention
puis l'expulsion du journaliste salvadorien Mario Guevara, qui dénonçait les
arrestations de migrants aux États-Unis, ou la réduction drastique des
financements de l'audiovisuel extérieur américain.
"Les attaques contre les journalistes se
transforment. Il y a toujours des journalistes assassinés, toujours des
journalistes en prison, mais les pressions sont aussi économiques, politiques,
légales", souligne auprès de l'AFP Anne Bocandé,
directrice éditoriale de RSF.
Si le recul s'explique par les conflits armés,
l'organisation pointe aussi les durcissements des régimes politiques ces
dernières années.
RSF souligne les chutes spectaculaires du Salvador
(143e), qui perd 105 places depuis 2014 et le lancement d'une guerre contre les
gangs criminels maras, ou de la Géorgie (135e), qui a
reculé de 75 places depuis 2020 du fait d'une "accélération de la répression".La plus forte baisse en 2026 est attribuée
au Niger (120e, -37 places), symbole de "la dégradation de la liberté de
la presse au Sahel depuis plusieurs années", entre "les attaques de
groupes armés et (les) juntes au pouvoir", écrit RSF."Certains
pays étaient des fleurons de la liberté de la presse mais elle s'est
profondément dégradée avec l'arrivée de régimes militaires comme au Mali (121e)
ou au Burkina Faso (110e)", ajoute Anne Bocandé.L'Arabie
Saoudite (176e, -14 places), où le chroniqueur Turki
al-Jasser a été exécuté en juin par l'Etat,
"fait unique dans le monde", côtoie la Russie, l'Iran et la Chine à
la toute fin du classement, fermé par l'Erythrée (180e).En revanche, la Syrie
(141e) fait un bond en avant de 36 places après la chute du régime de Bachar al-Assad.
Parmi les cinq critères de mesure de RSF, c'est
l'indicateur du cadre légal qui s'est le plus dégradé en 2025."Les lois de
sécurité nationale, contre le terrorisme par exemple, ou pour protéger le
secret défense, restreignent de plus en plus le champ du journalisme. La Russie
est championne en la matière, mais l'impact se fait aussi sentir jusque dans
des démocraties", souligne Anne Bocandé.Autre
arme, celle des "procédures-bâillons", autrement dit les poursuites
en justice pour diffamation, dénigrement économique ou diffusion de fausses
nouvelles, qui visent à intimider les journalistes.Un
phénomène mondial, illustré au Guatemala par le cas du fondateur d'El Periodico, José Rubén Zamora,
condamné à plusieurs années de prison après ses enquêtes sur la corruption
politique. Mais RSF a aussi dénoncé cette tendance en France dans un récente
étude sur les médias locaux."Les lois
criminalisent de plus en plus les journalistes, alors qu'elles devraient les
protéger", note la directrice éditoriale de l'organisation.
Néanmoins, "des outils existent",
nuance-t-elle, en citant le règlement de la Commission européenne sur la
liberté dans les médias ("European media freedom act"), entré en
application en 2025, ou la directive européenne contre les procédures-bâillons.
NOTE : Classement Algérie :145ème sur
177 étudiés (-19 place par rapport à 2025). Mauritanie : 61ème/
Maroc : 105ème/Tunisie : 137ème