RELATIONS INTERNATIONALES- VATICAN- ALGERIE.VATICAN/ VISITE PAPE
LEON XIV, AVRIL 2026/ENTRETIEN J.P. VESCO
L’Archevêque d’Alger, le Cardinal Jean-Paul Vesco,
a qualifié la visite historique du Pape Léon XIV en Algérie de «signal fort» consacrant le rôle du pays comme point de
départ d’un message de paix universel
Dans un entretien accordé à l’APS (mardi 8 avril 2026) , le prélat a souligné que cette première visite d’un
souverain pontife en Algérie, à l’invitation du président de la République,
Abdelmadjid Tebboune, constitue un véritable pont entre les mondes chrétien et
musulman, tout en mettant en valeur la richesse historique et spirituelle du
pays. Il a affirmé que le séjour du Pape Léon XIV en Algérie sera «plein de sens», tant par sa dimension spirituelle que par
sa portée symbolique, soulignant que «C'est un très bon signe qui redonne une
profondeur à la grande histoire de l'Algérie, terre de Saint-Augustin», a-t-il
déclaré. Rappelant que le Pape Léon XIV connaît déjà l'Algérie, pour s'y être
rendu à deux reprises avant son pontificat, Mgr Vesco
a indiqué que cette visite vise à «continuer à
construire des ponts» entre les deux cultures et les deux religions, et à
refléter la place stratégique de l'Algérie au carrefour de la Méditerranée et
de l'Afrique. Abordant les convergences entre l'Algérie et le Vatican, le
prélat a mis en exergue l'«engagement commun» pour le
soutien aux peuples opprimés et à la promotion de la coexistence. Cette
ambition s'incarne, selon lui, dans le choix du thème de la visite : la
salutation traditionnelle «As-salamu
alaykum» (Que la paix soit sur vous). Pour
l'Archevêque d'Alger, le souverain pontife arrive en «homme
de paix», porteur d'une parole dont le monde actuel a «infiniment besoin». «Je serais heureux que ce message soit entendu depuis
l'Algérie», a-t-il affirmé, précisant que cette parole naîtra d'un véritable
échange, faisant de l'Algérie le point de départ d'un appel à la paix lancé au
monde entier. Cet appel, a-t-il mentionné, «doit
inciter les croyants de toutes confessions à s'unir dans le respect d'une
humanité sacrée, pour faire face aux violences et aux guerres». Évoquant
l'héritage de feu Monseigneur Henri Teissier, il a souligné que l'Algérie
demeure un modèle de coexistence, où la différence religieuse, lorsqu'elle est «assumée», constitue une source d'enrichissement mutuel.
Pour lui, la lutte contre les discours de haine et de violence, qu'il a
qualifiés de «discours de peur et de fragilité», passe
avant tout par une identité sereine et affirmée. «Quand
on est sûr de son identité, on n'est pas dans les discours de haine», a-t-il
soutenu, appelant à un «engagement commun contre les fondamentalismes pour la
construction d'un monde fondé sur le respect des traditions de chacun». Sur le
volet de la mémoire, l'Archevêque d'Alger a reconnu l'ampleur de la «violence» et du «crime colonial», soulignant que les 130
années de colonisation de l'Algérie ont laissé des blessures profondes et des
traces indélébiles, notamment à travers les conséquences des explosions
nucléaires dans le sud algérien. «Il y a une blessure,
parce qu'il y a une humiliation, et on n'en vient pas à bout comme ça», a-t-il
fait remarquer, déplorant le manque de «paroles de vérité» sur cette période.
Fort de sa double culture française et algérienne, le prélat a exprimé le
souhait de voir émerger une reconnaissance franche des souffrances subies pour
pouvoir «tourner la page». Il a précisé avoir
sollicité le SaintPère, ainsi que les autorités
compétentes, pour que les anciennes puissances coloniales assument leur
responsabilité historique. «Je le demande au Pape,
comme je l'ai demandé à toutes les autorités en capacité de le faire», a-t-il
insisté. Etabli en Algérie depuis plus de vingt ans et naturalisé algérien, le
Cardinal Vesco a conclu en témoignant de son
attachement à sa «patrie d'adoption», se disant marqué
par la générosité du peuple algérien. «Ici, tu seras
toujours en dette d'amitié. Tu ne pourras jamais rendre l'amitié qu'on te
donne. Depuis plus de 20 ans, je confirme l'exactitude de cette parole», a-t-il confié.