RELATIONS INTERNATIONALES- BIBLIOTHÈQUE D’ALMANACH- RÉCITS
FRANCESCA ALBANESE- « QUAND LE MONDE DORT.RÉCITS ET BLESSURES DE LA
PALESTINE »
Quand le monde dort.Récits,
voix et blessures de la Palestine. Récits de Francesca Albanese (Traduit de l’italien par Simonetta
Greggio). Editions Frantz Fanon (Metis
Media) , Boumerdès, 2026, 260 pages, 1 500
dinars
Elle a été (et est encore) la huitième
Rapporteuse spéciale des Nations unies sur la situation des droits de la
personne dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967, et la première
femme à occuper ce poste en 30 ans. Un mandat créé en 1993 par la Commission
des droits de l’homme (aujourd’hui le Conseil des droits de l’homme)
pour documenter et rapporter à l’Onu les violations commises par Israël
dans la bande de Gaza et en Cisjordanie, y compris à Jérusalem-Est,
territoires alors occupés militairement depuis plusieurs décennies déjà.
Sa lucidité a fait d’elle une cible pour les
défenseurs acharnés du sionisme et de la colonisation. Certains tentent de
l’assigner au rôle de simple « voix pro-palestinienne
» pour l’amoindrir. D’autres, plus brutaux, veulent l’effacer du champ public.
Donald Trump l’a même placée sur une liste noire de « terroristes », la
privant de l’accès aux services d’entreprises américaines, y compris des cartes
bancaires. Elle rejoint sur cette liste des
figures telles que Karim Khan, procureur de la Cour internationale de justice,
et plusieurs juges dont le Français Nicolas Guillou, abandonnés eux aussi par
les autorités françaises et européennes.
Ce n’est pas un roman ni un essai, mais une somme de récits de vies bien
ancrées dans une dure réalité : celle de la Palestine occupée, martyrisée,
celle d’hommes et de femmes , arabes , juifs et autres , de Palestine et
d’ailleurs, essayant, non plus de comprendre mais surtout de contribuer à
mettre fin -par leurs actes, leurs propos ou leurs écrits dont des
poèmes - au génocide et à l’effacement de tout un peuple.Un génocide qui a commencé en 1948-1949 , avec la
« Nakba » (la « catastrophe ») :
« Dans ce rêve de libération de la Palestine, il y a aujourd’hui, un peu
de libération de nous toutes et tous » , écrit-elle.
Elle a donc choisi dix personnes comme point d’ancrage de ses récits, ce
qui est assez original , puisque chacune d’elles va
lui apprendre quelque chose d’essentiel sur la Palestine. .On a donc Hind,
morte à six ans pour le seul fait d’être Palestinienne, , Abu Hassan,George, le guide, , Alon,
juif isréaléien qui « voit » les
Palestiniens et fait sienne leur cause, Ingrid, une femme européenne qui
a choisi la Palestine et qui lui a tant donné, Ghassan, le chirurgien venu
de Londres plongé dans le cœur de l’horreur innommable de Gaza, Eyal qui
a quitté Israël depuis longtemps et qui rêve d ’un Etat unique et
démocratique et d’un passeport palestinien , Malak, l’artiste Gabor, un
rescapé de la « Shoah » et ,pour finir, Max, le compagnon
de vie, la personne avec qui elle a mis les pieds pour la première fois en
Palestine et avec qui, elle a décidé de la quitter , trois ans plus tard.
A regret. « La Palestine est ainsi : on peut choisir de la quitter,
mais pour qui y a vécu, l’a vue, l’a traversée, c'est elle qui ne vous quitte plus , écrit-elle. .
L’auteure : Francesca Paola
Albanese est née le 30 mars 1977 à Ariano Irpino(Campanie) en
Italie. Juriste spécialisée en Droit international et
rapporteuse spéciale de l’Onu sur les droits humains dans les territoires
palestiniens occupés depuis le 1er mai 2022 pour un mandat de
trois ans et, par la suite, prolongé jusqu'en 2028 .Pressentie pour
le Prix Nobel de la paix.Déjà auteure de « Palestinian Refugees in
International Law » (2020) et « J’accuse » (2023) . A noter
que les États-Unis annoncent en juillet 2025 des sanctions inédites contre
Francesca Albanese, l'accusant « activités partiales et
malveillantes », « d’antisémitisme décomplexé » et de
« soutien au terrorisme ». Francesca Albanese avait présenté en
juillet au Conseil des droits de l’homme des Nations unies un rapport dans
lequel étaient étudiés « les mécanismes des entreprises qui soutiennent le
projet colonial israélien de déplacement et de remplacement des
Palestiniens ». En février, elle avait également dénoncé un projet
d’occupation de la bande de Gaza et de déplacement de sa population, annoncé
par Donald Trump, comme
« illégal » et « complètement absurde
Table :Introduction/ 10 récits/
Conclusion/Remerciements/Bibliographie
Extraits : « Pour moi, l’impartialité ne
signifie pas l’indifférence : elle implique d’enquêter avec rigueur, de
confronter les faits au droit, et de dire la vérité au pouvoir, même lorsqu’elle
dérange » (p 17), « Le génocide de Gaza fait désormais partie de
notre histoire collective, une tache indélibile qui
pèsera sur l’humanité et pour laquelle nos petits-enfants demanderont des
comptes » (p 28) , Pendant que mon fils , à huit ans, apprend par
cœur ses tables de multiplication, les enfants palestiniens s’approprient le
langage du droit pour revendiquer leur propre existence, leur propre
humanité » (p 45), « Vivre à Jérusalem, cela signifie aussi marcher
dans la rue et voir les affaires d’une famille entassées sur le trottoir ,
pendant que quelqu’un s’installe dans la maison comme si de rien n’était »
(p 95), « Le colonialisme israélien ne se contente pas d’occuper le
territoire ; il cherche aussi à réprimer toute tentative de forger une conscience
collective, palestinienne ou internationale , qui dévoilerait la réalité de
cette occupation » (p 103), « Israël est-il un État
d’apartheid ? Oui, sans aucun doute. Aux yeux du droit international, il
s’agit d’un système conçu pour maintenir la domination d’un groupe racial sur
un autre à travers des pratiques discriminatoires et oppressives » (p
139), « Quand je suis sorti de Gaza en novembre 2023 et que je suis arrivé
au Royaume Uni, j’ai compris que le projet génocidaire était comme un iceberg.Israël n’en est que la partie visible, mais le
reste- qu’on ne voit pas aussi clairement depuis Gaza-, c’est tout l’appareil
qui rend le génocide possible : la Bbc, la Cnn, le Washington Post, le
Wall Street Journal et les organisations qui le soutiennent »
(Ghassan Abu-Sittah, chirurgien naturalisé
britannique, cité, pp 160-161), « La reconstruction (note :
de Gaza) ne serait pas un remède à la destruction, mais plutôt sa continuation.Elle servirait à achever ce que le génocide
n’a pas réussi à accomplir » (Eyal Weizman , chercheur israélien, cité, pp
188-189), « Lorsque les gens
s’engagent pour les droits de la
personne, ils devraient le faire à partir d’une position radicalement
humaine-mais aussi radicalement ouverte (.....).Il serait alors possible de comprendre
tous les êtres humains, sans exception. Tous » (p 226)
Avis : La Palestine racontée
telle qu’elle l’a vécue, non pas comme une militante, mais comme une personne
qui s’en est approchée d ’abord par curiosité culturelle
, puis avec un regard de justice. Résultat : un livre juste sur une
cause juste dans un pays subissant l’injustice......criminelle, génocidaire . Chaque chapitre porte le nom d’un visage, d’un
parcours, d’une douleur qui en dit long sur le génocide
en cours.
Citations : « C’est lorsque
le monde dort que naissent les monstres.Et des
monstres, nous en avons déjà beaucoup parmi nous.Le
premier d’entre-eux :notre indifférence »
(p 2) , « Lorsque nous nous tenons ensemble, avec courage, même face à des
pouvoirs solidement ancrés, le changement n’est pas seulement possible, il
devient inévitable » (p 18), « Lorsque le
monde dort, c’est aujourd’hui, plus que jamais, le monde a besoin de cet éveil.Alors faisons du bruit, provoquons la tempête, ou
mieux encore -comme on dit chez moi- faisons de l’ « ammuina » (note : joyeux brouhaha
en dialecte napolitain) (p 35), « Pour faire tomber un régime, il fait le
frapper au cœur,c’est-à-dire au portefeuille, là où
il engrange les bénéfices de l’exploitation » (p 137), « Aucun
changement dans le monde n’est possible si un changement profond ne se produit
pas d’abord en nous. Il faut nous dépouiller, un préjugé à la fois, de tous les
fardeaux que chacun de nous porte, pour aller chaque jour un peu plus à la
rencontre de la vérité » (p 149), « La destruction systématique
humaine et politique d’un peuple commence toujours par la création d’un vide,
par l‘effacement de son espace » (p 174),