RELATIONS INTERNATIONALES-
TURQUIE- ALGERIE.TURQUIE/INVESTISSEMENTS
©https://maghrebemergent.news, 9 février 2026
Avec 21 milliards
de dollars investis et 1 500 entreprises installées, Ankara devance la Chine
dans les secteurs productifs. L’agrément de la banque Ziraat
Bankasi, publié mercredi au Journal officiel,
consacre cette percée ( Décision n° 25-02 du 16 Rajab 1446 correspondant au
16 janvier 2025 portant agrément d’une succursale de banque. J0radp n° 7
du 5 février 2025)
L’agrément de Ziraat Bankasi (succursale)
a été publié mercredi au Journal officiel, dans le numéro 7 du 5 février 2025.
Première banque turque à s’installer en Algérie avec un capital de 20 milliards
de dinars (150 millions de dollars), elle vient matérialiser trois années de
progression ininterrompue : la Turquie s’est hissée au rang de premier
partenaire industriel et financier hors hydrocarbures du pays, selon des estimations
de l’ambassade d’Algérie en Turquie et des analyses économiques. Le volume total des
investissements turcs atteint 21 milliards de dollars, portés
par la sidérurgie, le textile et le BTP, a indiqué fin 2023 l’ambassadeur de
Turquie en Algérie, Muhammet Mücahit
Küçükyılmaz.
Alors que la
Chine reste concentrée sur les grands projets d’infrastructure publique financés
par l’État, les groupes turcs ont privilégié l’investissement industriel
direct. Le secteur de la sidérurgie enregistre ainsi 2,5 milliards de dollars
avec l’usine Tosyalide Bethioua, près d’Oran, devenue l’un des principaux
exportateurs hors hydrocarbures du pays. Dans le textile, le complexe Tayal‑Taypa de Relizane affiche
un investissement de 780 à 850 millions de dollars. Les entreprises
turques ont créé environ 30 000 emplois directs, selon les dernières
estimations officielles.
Historiquement
très présente dans les travaux publics, avec des groupes comme Yapı Merkezi, Limak ou Cengiz sur les
autoroutes et les logements sociaux, la Turquie étend désormais son dispositif
au secteur bancaire. Les services financiers turcs gagnent du terrain, au‑delà
des seuls flux commerciaux de biens. Le renforcement observé l’an dernier
s’explique avant tout par l’intensification des échanges
bilatéraux, qui ont atteint 6,42 milliards de dollars en 2024, selon
les chiffres communiqués par le ministre algérien des Affaires étrangères,
Ahmed Attaf.
Le bilan
commercial révèle toutefois des déséquilibres structurels. L’Algérie importe
davantage de Turquie qu’elle n’exporte, les achats se maintenant aux niveaux de
2023. Cette stabilité tient essentiellement au dynamisme des exportations
algériennes de produits pétroliers. Hors hydrocarbures, le déficit commercial
avec la Turquie progresse. Le déficit manufacturier, qui s’était redressé
ces dernières années, repart à la hausse sous l’effet de la montée des
importations industrielles. Le secteur agroalimentaire a atteint son plus haut
déficit depuis les années 2000, ont relevé les Douanes algériennes dans leur
bilan 2024.
L’année dernière,
l’Algérie a néanmoins réduit de près de 3 milliards de dollars son déficit avec
l’Union européenne, son premier partenaire commercial. Ramené à environ
18 milliards, il se situe à son niveau le plus bas depuis 2019, selon les
Douanes. Avec l’Asie en revanche, la situation reste délicate. Le déficit avec
la Chine demeure élevé, reflétant une forte dépendance aux
importations de biens manufacturés.
Pour le président
Tebboune, la diversification industrielle constitue une priorité. Il a fixé en
2024 un objectif de 29 milliards de dollars d’exportations hors hydrocarbures
d’ici 2030, visant à réduire la dépendance au pétrole et au gaz. L’enjeu
pour l’Algérie sera de transformer cette présence turque massive en vecteur de
montée en compétences. Si les investissements turcs apportent des emplois et
des capacités productives, la question du transfert technologique reste
posée. Les autorités algériennes cherchent désormais à élargir la base
des partenaires industriels tout en consolidant les acquis des coopérations
existantes.