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Terrorisme au Sahel

Date de création: 29-10-2020 18:14
Dernière mise à jour: 29-10-2020 18:14
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DEFENSE –TERRORISME - TERRORISME AU SAHEL

 

©Neila Benraha/El Moudjahid, jeudi 29/10/2020

 

Selon un communiqué du MDN, le terroriste Mustapha Derrar a été arrêté mardi27/10/2020 à Tlemcen. Cette opération a été menée suite à une surveillance permanente dudit criminel depuis son entrée via les frontières nationales jusqu'à la collecte des renseignements relatifs à ses mouvements suspects dans le cadre de la lutte antiterroriste et grâce à l'exploitation efficiente de renseignements.
La même source a précisé que ledit criminel, qui avait rallié les groupes terroristes en 2012, a été libéré au début d'octobre au Mali suite aux négociations menées par des parties étrangères ayant abouti à conclure un accord via lequel plus de 200 terroristes ont été libérés et une rançon conséquente a été versée aux groupes terroristes contre la libération de trois otages européens. «Ces pratiques inadmissibles et contraires aux résolutions de l'Organisation des Nations Unies, incriminant le versement de rançons aux groupes terroristes, entravent les efforts de lutte contre le terrorisme et de tarissement de ses sources de financement», dénonce le MDN dans le communiqué. Cette opération de qualité prouve l'efficacité de l'approche adoptée par l’ANP «pour asseoir la sécurité et la quiétude à travers tout le territoire national et venir à bout du fléau du terrorisme dans la région», rappelle le MDN. En effet, 200 terroristes emprisonnés en Mali, ont été libérés contre rançon, pour la libération d’une otage française. L’Algérie a toujours dénoncé le versement de rançon aux groupes terroristes et a milité pour le tarissement des moyens de financement. Le général en retraite, Mohamed Oudai, a fortement critiqué le recours à cette pratique pour la libération des otages selon lequel «le versement de la rançon est un acte qui encourage le terrorisme dans la région du Sahel et notamment en Algérie». Dans une déclaration à El Moudjahid il a indiqué que «l’islamisme est devenu un créneau porteur d’argent et du pouvoir qui sont les vrais mobiles des groupes terroristes, voire des bandes criminelles. Le versement de rançon va encourager ces groupes criminels à intensifier les enlèvements contre rançon». Tout en critiquant la politique des pays qui recourent au paiement des rançons pour la libération des otages, il a relevé que des millions d’euros sont généralement exploités dans le recrutement de terroristes et l’achat d’armes ainsi que le financement des actes terroristes. «Les rançons contribuent à l’augmentation des capacités de nuisance des groupes terroristes car l’argent est le nerf de toute guerre. Les terroristes ont toujours utilisé l’argent des rançons pour le recrutement des jeunes défavorisés notamment», a-t-il souligné.

Deux poids, deux mesures

La criminalisation du paiement de rançon a été toujours l’un des axes de la politique de l’Algérie pour l’éradication du terrorisme depuis l’enlèvement des touristes étrangers au Sud en 2003 tout en rejetant toute forme de négociation avec les terroristes. Pour Toufik Hamel, consultant et chercheur en Histoire militaire et études de défense, la prise d’otages contre rançons «est la principale source de fonds terroristes». Le recours massif aux enlèvements est devenu la principale source de financement, soutient-il, dans une analyse sur cette pratique. Le trafic de drogue vient en deuxième position des sources de financement des activités terroristes, selon le chercheur.
Pour lui, les terroristes sous-traitent pour les narcotrafiquants qui assurent la sécurité et la logistique des convois de la cocaïne provenant d’Amérique latine. Le chercheur a estimé que «les Etats européens n’ont jamais cessé de payer des rançons pour libérer leurs ressortissants. Le deux poids, deux mesures est au cœur de la coopération entre les pays du Sud et les pays développés, relève-t-il.
Dans une étude sur les connexions entre groupes djihadistes et réseaux de contrebande et de trafics illicites au Sahel, des chercheurs dans les questions sécuritaires ont affirmé que le groupe terroriste AQMI s’est installé dans le nord du Mali en 2004 pour relancer son projet de terrorisme après son échec en Algérie. «Pour survivre, cette organisation criminelle va se lancer dans deux types d’activité : les enlèvements d’Occidentaux et la protection et la sécurisation des convois de drogues et de contrebande moyennant une taxe.
Ainsi plusieurs enlèvements d’Occidentaux furent menés par l’organisation terroriste entre 2004 et 2016 au Mali, en Mauritanie, au Niger et en Algérie. Dans la plupart de ces enlèvements, la libération des otages s’accompagne d’une rançon. Rien qu’entre 2006 et 2012, AQMI a reçu 60 millions d’euros de rançons payés par les pays originaires des otages. AQMI va faire des émules, le MUJAO, Ansar Dine, Al Mourabitoune, des groupes terroristes qui opèrent dans le nord du Mali depuis 2012 vont suivre ses pas», indique l’étude. En effet, une «industrie de l’enlèvement» d’otages est née au Sahel.
Elle sera la principale source de financement des groupes terroriste. L’étude relève que depuis 2015, il y a une sorte de mutualisation dans l’industrie de l’enlèvement des otages au Sahel. Plusieurs groupes terroristes organisent ensemble des rapts à travers leurs cellules locales dans les pays concernés. Ce fut le cas lors des prises d’otages dans le nord du Burkina Faso en 2015 menées conjointement par AQMI et Al Mourabitoune.
«L’argent issu des prises d’otages permet aux groupes terroristes d’avoir des ressources nécessaires pour financer leurs activités de prédication, le recrutement mais surtout l’achat d’armes, de médicaments, de nourriture, de voitures et de téléphones satellitaires. Ces achats se font par l’intermédiaire des trafiquants qui pullulent dans le Sahara. Sans ces derniers, AQMI ne pourrait pas disposer de moyens logistiques pour commettre ses crimes en Afrique de l’Ouest», indique l’étude. Pour l’Algérie qui partage des frontières avec le Mali, la maîtrise de la situation semble complexe. Le Mali partage 5.000 km de frontières avec le Niger, l’Algérie, et la Mauritanie. «L’immensité des territoires devient un facteur structurel de vulnérabilité, car la porosité des frontières et la corruption vont favoriser le développement d’activités illicites et des collusions entre réseaux criminels», relèvent les auteurs de l’étude. La dernière rançon pour libérer un otage entrave les efforts de l’Algérie dans sa lutte antiterroriste. Cette opération permettra aux groupes terroristes de se reconstituer (200 terroristes libérés) et de se financer. Plusieurs coups de filets ont été menés par les différents détachements de l’ANP dans la lutte contre le crime transfrontalier, notamment le terrorisme. L’implantation de l’organisation terroriste «Daech» a été mis en échec. Plusieurs tentatives de restructuration et redéploiement ont été déjouées, outre la neutralisation des noyaux durs des groupes terroristes. Au niveau des frontières, notamment Sud, les détachements de l’ANP ont mis en échec des tentatives d’acheminement de lots d’armes et d’infiltrations terroristes. Les narcotrafiquants sont fortement traqués car il existe une frontière ténue entre narcotrafic et activités terroristes. Malgré les déclarations, la coopération fait défaut. Les divergences entre les différents partenaires engagés dans la lutte contre les groupes terroristes, notamment le versement de rançons ou de la libération de terroristes emprisonnés contre la libération d’otages, constituent un obstacle, voire une limite au dispositif de coopération transfrontalier. L’ANP est déterminée, engagée et mobilisée face à ce défi sécuritaire.
«L’Algérie a pu vaincre le terrorisme seule et sans aucune aide étrangère, quelle qu’elle soit et ce, grâce à la détermination, l’abnégation de ses forces armées et l’étroite coopération entre les différents services de sécurité, ainsi que les grandes convictions de son peuple», a indiqué, le général de corps d’Armée, Saïd Chanegriha, chef d’état-major de l’ANP, lors de son dernier entretien avec le chef du commandement des Etats-Unis pour l’Afrique (AFRICOM), en visite en Algérie.