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Pierre Bourdieu- Sociologie de l'Algérie

Date de création: 20-08-2016 08:36
Dernière mise à jour: 20-08-2016 08:36
Lu: 106 fois


SOCIETE- BIBLIOTHEQUE D’AL MANACH- PIERRE BOURDIEU- SOCIOLOGIE DE L’ALGERIE

Sociologie de l’Algérie. Essai de Pierre Bourdieu. Tafat Editions, Alger 2016 (Puf, Paris 1958. Revu en 1961) . 180   pages, 400 dinars

Vous avez lu Ibn Khaldoun ? Votre compréhension de l’évolution historique, politique et surtout socio-économique de l’Algérie ne peut être complète que si vous (re-) lisez Bourdieu

Bien sûr, Boukhobza et bien d’autres, comme les chercheurs de l’Aardes, le Cread et le Crasc, ont apporté un plus à la recherche sociologique, mais à la base, il y a Bourdieu (et, aussi ,Sayad) qui a mené son travail ethnographique avec passion et assiduité.

Il n’avait alors que 26 ans. De la jeunesse et, aussi, une grande curiosité  intellectuelle chez  l’enfant des Pyrénées Atlantiques (France) et un grand amour pour l’observation et les voyages.

Il a rendu lisible les strates populaires ainsi que le(s) ciment(s) culturel(s) rendant palpable, aux mains des savants , le  corpus.

La Kabylie et les Kabyles, le M’zab et les Mozabites, les Aurès et les Chaouias, les Hauts Plateaux et les Arabophones. Ne manquait que l’Est Algérien , encore que le fonds commun dégagé s’y retrouve largement .

La dernière partie n’est peut-être pas la plus importante , mais, c’est, en tout cas, la plus intéressante. Concernant le processus d’aliénation, il a décortiqué le système colonial.....celui qui a déculturé la société algérienne et qui a introduit le virus des rapports de classe dont les traces , il faut le reconnaître, perdurent .

La guerre a aggravé les choses , en raison de « l’expérience catastrophique de  chirurgie sociale » faisant table rase d’une civilisation dont « on ne pourra plus parler qu’au passé »

Il avait écrit tout cela en 1958. Il a été un visionnaire ...et 60 ans après, on ne cesse de nous parler de « l’âge d’or »

L’Auteur : Né en 1930 en Pyrénées-Atlantiques ,décédé en 2002 à Paris, auteur d’une œuvre importante entamée avec cet ouvrage, il a eu une grande influence intellectuelle tant sur les chercheurs étrangers qu’Algériens

Trois ouvrages importants sur l’Algérie : « The Algerians » publié à Boston en 1962, « Travail et travailleurs en Algérie » publié à Paris en 1963, « Le déracinement , la crise de l’agriculture traditionnelle en Algérie » (en collaboration avec A. Sayad) publié à Paris en 1964.

 

Extraits : « Il n’est pas au Maghreb de monde clos et partant, pur et intact ;pas de groupe si isolé, si replié sur soi qui ne se pense, ; ne se juge en référence à des modèles étrangers » (p 10. Introduction), « L’intention profonde de cette société  est peut-être de consacrer le meilleur de son énergie et de son génie à élaborer des rapports entre l’homme et l’homme quitte à reléguer au second plan la lutte de l’homme contre la nature » (p 13, « Les kabyles »), « La tribu ne prend conscience d’elle-même comme individualité distincte que dans son opposition à d’autres groupes semblables » (p 111, « Les arabophones »), « Le colonisateur crée un environnement qui lui renvoie son image et qui est la négation de l’univers ancien , un univers où il se sent chez soi, où, par un renversement naturel, le colonisé finit par apparaître comme étranger » (p 161)

Avis : Une œuvre majeure pour découvrir la société algérienne d’hier.....et, aussi, hélas, par bien de ses côtés, d’aujourd’hui encore. Une recherche et une démarche encore inimitées ...La peur de  découvrir, d’écrire et de dire , nos lacunes...et nos tares.

Citations : « Le cimetière, immense ombre portée par la cité vivante, est sans doute, comme plus généralement en Afrique du Nord, le fondement et le symbole de l’attachement irréductible qui unit l’homme à son sol » (p 56) , « Nous sommes en un pays où certains noms sont des chansons de geste » (p 112,« Les arabophones »), « Cette société a longtemps trouvé son idéal dans le passé , le changement , sans être absent, se trouvant comme ralenti .....respect du passé qui, chez le Bédouin, prend forme de culte » (p 119, « Le fonds commun »)